— Je te rejoindrai donc.
— Où cela ?
— Où tu voudras.
— Eh bien ! dit-il comme résigné, à quatre heures, au petit café qui est près de la porte de l’Oulle.
… Je fus exacte. Et tandis que j’allais vers ce morne rendez-vous, pensant à Fabien comme je ne cessais plus de le faire, et à toute cette horreur de lui-même qui paraissait chaque jour l’accabler avec plus de force, je pensais aussi que ce serait une grande charité que de sourire et de paraître heureuse en l’apercevant… Mais mon visage, au contraire, malgré cet air que je voulais lui donner, dut marquer seulement que tout mon cœur se serrait.
Ce petit café où il m’attendait, tout étroit, misérable, derrière ses fusains maigres et sous sa tente sale, avait sa terrasse envahie par des rouliers de Villeneuve et par quelques soldats. De grosses femmes, des filles en cheveux, buvaient auprès d’eux. Et Fabien était là, parmi cette racaille, avec trois soucoupes devant lui sur la petite table verte, et un verre encore plein. Il le vida d’un trait quand il m’aperçut et me rejoignit aussitôt.
— Mais, lui fis-je remarquer, tu n’as pas payé.
Je m’arrêtais. Il m’entraîna.
— Ne t’inquiète pas. On me connaît. J’ai payé ma note samedi et je payerai à la fin de cette semaine.
Il marchait un peu lourdement et avait pris mon bras pour s’y appuyer.