Elle tordit un des linges entre ses petites mains sales et se dandinant avec peine s’approcha d’un homme qui était couché à quelques pas, le dos soutenu par une caisse et le genou gauche empaqueté de chiffons noirâtres et sanglants. Une grande souffrance convulsait son visage. La jeune femme s’agenouilla près de lui et commença de défaire le grossier pansement.

Fabien, leur jetant un coup d’œil, avait aussitôt détourné la tête, mais je voulais maintenant qu’il s’intéressât à eux et je lui demandai :

— Que peut avoir ce malheureux ?

— Je n’en sais rien.

— Mais elle infectera la plaie en la soignant ainsi.

— C’est leur affaire.

Je m’étais arrêtée, il marcha plus vite. Je dus courir pour le rejoindre, et tout animée soudain d’une idée qui me paraissait bonne :

— Fabien ! si tu voulais examiner ce malheureux… si tu lui donnais un conseil…

Sans répondre, il allait toujours, de son pas rapide. J’insistai, plus pressante, et il me semblait le supplier pour lui-même et non pour cet étranger.

— Il souffre… Si tu voulais essayer de le soulager… avoir pitié !… Ces pauvres gens t’écouteraient, j’en suis sûre… Et puisque tu n’as rien à faire, tu pourrais demain revenir voir si l’homme ne va pas un peu mieux.