— C’est beau.
Mais il secoua les épaules d’un air excédé et se détournant, alla s’asseoir sur un des bancs creusés dans le mur de la chapelle. Je ne le suivis pas tout de suite. Je regardais encore le ciel et l’eau et, toute soulevée au-dessus de moi-même, il me paraissait à présent que j’étais croyante et que je disais ma prière. C’était la plus belle de toutes ; elle se formait dans mon cœur et je n’en connaissais pas les paroles ; mais je sentais toute la force qui me venait d’elle. — Que dire à Fabien, qui le secourût un peu ?… Que lui dire ?… Des feuilles rugueuses frôlaient mes deux mains croisées, et je vis qu’un figuier avait poussé entre les pierres. S’appuyant au contrefort de la troisième arche, qui le gardait un peu du vent, il poussait de fortes branches, et vivace, large, d’un beau gris bleuâtre qui ne se tachait point de jaune, il avait seulement pour se nourrir quelques parcelles de terre que le vent avait amoncelées au joint de deux blocs creusés par les pluies.
— Qu’il a suffi de peu de chose… pensais-je, sans bien entendre moi-même tout cette pensée.
Et je me répétai quelques minutes plus tard :
— Il suffit de peu de chose…
D’autres minutes passèrent encore et j’allai retrouver Fabien dans l’intérieur de la chapelle. Elle est petite et ronde, sans porte, et regarde le courant qui s’en va vers la mer. Les colonnes de l’autel s’ornent encore de feuillages confus, et çà et là, aux angles de la voûte, autour d’un pilier, des sculptures délicates achèvent de s’effacer et de rentrer dans la pierre. Mais Fabien ne s’intéressait point à ces petites formes végétales, célestes ou démoniaques. Les bras croisés, et renversant un peu la tête, il fixait le mur devant lui, avec un air d’hébétude douloureuse. Quand j’entrai, il ne bougea pas. Alors j’allai m’asseoir à son côté. Je posai doucement ma main sur son genou, et je dis très bas :
— Tu es malheureux…
En même temps, je me préparais à supporter sa colère. Mais au contraire, il me regarda presque doucement, tout surpris, non de mes paroles peut-être, mais de ce ton que je leur avais donné ; et il avoua, aussi bas, plus bas encore que moi-même :
— Oui.
Aussitôt il prit ma main, la serra nerveusement, la retint dans les siennes. Et ce petit mouvement exprimait toute sa détresse, comme ma courte phrase avait montré toute ma pitié… Rien d’autre. Il n’y eut rien d’autre. Mais il me paraissait que la parole nécessaire avait été dite.