Ensuite, nous nous levâmes pour regagner notre maison ; et ce retour, par la porte du Rhône et les vieilles rues qui sont autour du séminaire, continua d’être silencieux ; et le repas, près de la fenêtre ouverte sur le sombre jardin, fut silencieux aussi comme les autres soirs. Cependant, une ou deux fois, je retrouvai dans les yeux de Fabien, au lieu de cette méfiance attentive, de cette tressaillante inquiétude, le regard étonné qu’il avait eu dans la chapelle… Et cependant je sentais mon obsédante angoisse se pénétrer de je ne sais quelle satisfaction si profonde qu’elle ressemblait peut-être à de la joie.
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Il partit le lendemain aussi tôt que d’habitude et sans m’avoir parlé davantage. Mais il rentra moins tard, et dès qu’il eut ouvert la porte :
— Tu sais, me dit-il, ils sont partis.
Je lui demandai, bien étonnée, de qui il parlait ainsi. Alors il me répondit de son ton brusque :
— De qui veux-tu que ce soit ?… De ces bohémiens…
Et il gagna aussitôt le fauteuil où, tout accablé, il se laissait tomber au retour de ses promenades.
J’avais versé de l’eau dans un petit pot de grès bleu pour y mettre deux roses cueillies dans le jardin de Chayère où je descendais quelquefois. Mais j’oubliai les roses sur la table, et je m’approchai de Fabien.
— Tu es donc retourné là-bas ?
Il se taisait.