Il répéta :

— Peut-être.

Et avec son regard grave de l’autre jour, quand nous étions assis dans le pavillon :

— Ce n’est pas encore très sûr. Je crois que j’ai pris ce prétexte pour ne point tarder davantage à vous rendre ma visite. J’avais peur que vous ne retourniez à Lagarde et de ne plus vous revoir. Il faut me pardonner.

— Je vous pardonne.

Et je me mis à rire, voulant lui prouver que je n’attachais à tout cela qu’une petite importance. Mais mon rire était si vibrant qu’il m’étonna moi-même. Ce n’était pas un rire de mondains plaisanterie, mais un rire véritable, un rire de bonheur. Et ce rire ne me semblait point soulevé par ces paroles : « Il faut me pardonner », mais par ces autres paroles dites à propos du prochain départ : « Ce n’est pas encore tout à fait sûr… »

— Merci ! dit Philippe. Oui, voyez-vous, j’ai voulu venir, je suis venu…

Il était un peu gêné, car il ne savait exprimer sa pensée qu’avec franchise.

— L’autre jour, dit-il enfin, après avoir un peu cherché ses paroles, j’ai aimé ma journée.

Il ne précisait pas quel était ce jour-là, et je pouvais, me sembla-t-il, n’avoir pas très bien compris.