Je ne parle que des événements les plus importants et saute par-dessus la publication de plusieurs livres de moindre intérêt.
En 1849, il est saisi par la police avec un groupe de suspects. C'est ce qu'on appela la conspiration de Petrachevsky.
Il est très difficile de dire ce qu'étaient au juste les opinions politiques et sociales de Dostoïevsky, en ce temps. Dans cette fréquentation de gens suspects, sans doute faut-il voir beaucoup de curiosité intellectuelle et certaine générosité de cœur qui le poussa inconsidérément au risque; mais rien ne nous permet de croire que Dostoïevsky ait été jamais ce qu'on peut appeler un anarchiste, un être dangereux pour la sûreté de l'État.
De nombreux passages de sa Correspondance et du Journal d'un écrivain nous le présentent d'une opinion toute contraire, et le livre entier des Possédés nous offre comme le procès même de l'anarchie. Toujours est-il qu'il fut pris parmi ces gens suspects qui s'assemblaient autour de Petrachevsky. Il fut incarcéré, passa en jugement, s'entendit condamner à mort. Ce ne fut qu'au dernier moment que cette peine de mort fut commuée et qu'il fut envoyé en Sibérie. Tout cela vous le savez déjà. Je voudrais ne vous dire dans ces Causeries que ce que vous ne pourriez trouver ailleurs; mais, pour ceux qui ne les connaissent pas, je vous lirai néanmoins quelques passages de ses lettres ayant trait à sa condamnation et à sa vie de bagne. Ils m'ont paru extrêmement révélateurs. Nous y verrons, à travers la peinture de ses angoisses, reparaître sans cesse cet optimisme qui le soutint toute sa vie. Voici donc ce qu'il écrivait, le 18 juillet 1849, de la forteresse où il attendait son jugement:
Dans l'homme il y a une grande réserve d'endurance et de vie, et, vraiment, je ne croyais pas qu'il y en eût autant. Maintenant je l'ai appris par expérience.
Puis en août, tout accablé par la maladie:
C'est un péché que de se décourager... Le travail excessif, con amor, voilà le véritable bonheur.
Et encore le 14 septembre 1849:
Je m'attendais à bien pis, et je sais maintenant que j'ai une si grande provision de vie en moi qu'il est difficile de l'épuiser[20].
Je vous lirai presque en entier sa courte lettre du 22 décembre: