Ainsi ce dont il souffre le plus, ce n'est peut-être point de se sentir abandonné; c'est de ne pouvoir venir en aide.

Comment t'exprimer tout ce que j'ai dans la tête? Te faire comprendre ma vie, les convictions que j'ai acquises, mes occupations durant ce temps, ce n'est pas possible. Je n'aime pas à faire les choses à moitié: ne dire qu'une partie de la vérité, c'est ne rien dire. Voici du moins l'essence de cette vérité: tu l'auras tout entière, si tu sais lire. Je te dois ce récit, je vais donc commencer à réunir mes souvenirs.

Tu te rappelles comment nous nous sommes séparés, mon cher, mon ami, mon meilleur ami. Dès que tu m'eus quitté... on nous emmena tous trois, Dourov, Yastrjembsky et moi pour nous mettre les fers. C'est à minuit, juste à l'instant de la Noël, qu'on m'a mis les fers pour la première fois. Ils pèsent dix livres et la marche en est très incommodée. Puis on nous fit monter dans des traîneaux découverts, chacun à part avec un gendarme (cela faisait quatre traîneaux, le feldyeguer en ayant un pour lui seul) et nous quittâmes Saint-Pétersbourg.

J'avais le cœur gros, la multitude de mes sentiments me troublait. Il me semblait que j'étais pris dans un tourbillon et je ne ressentais qu'un désespoir morne. Mais l'air frais me ranima et comme il arrive toujours à chaque changement dans la vie, la vivacité même de mes impressions me rendit mon courage, de sorte qu'au bout de très peu de temps je fus rasséréné. Je me mis à regarder avec intérêt Pétersbourg que nous traversions. Les maisons étaient éclairées en l'honneur de la fête, et je disais adieu à chacune d'elles, l'une après l'autre. Nous dépassâmes ta maison. Celle de Krorevsky était tout illuminée. C'est là que je devins mortellement triste. Je savais par toi-même qu'il y avait un arbre de Noël et qu'Emilia Théodorovna devait y conduire les enfants; il me semblait que je leur disais adieu. Que je les regrettais! et que de fois encore, plusieurs années après, je me les suis rappelés, avec des larmes dans les yeux.

Nous allions à Yaroslavl. Après trois ou quatre stations, nous arrêtâmes vers l'aube à Schlisselbourg, dans un traktir. Nous nous jetâmes sur le thé, comme si nous n'avions pas mangé pendant une semaine. Huit mois de prison et soixante verstes de route nous avaient mis en si bel appétit que je me souviens avec plaisir. J'étais gai. Dourov parlait sans cesse. Quant à Yastrjembsky, il voyait l'avenir en noir. Nous tâtâmes notre feldyeguer. C'était un bon vieillard, plein d'expérience; il a traversé toute l'Europe en portant des dépêches. Il nous traita avec une douceur, une bonté qu'on ne peut s'imaginer. Il nous fut bien précieux tout le long de la route. Son nom est Kousma Prokolyitch. Entre autres complaisances, il eut celle de nous procurer des traîneaux couverts, ce qui ne nous rut pas indifférent, car le froid devenait terrible.

Le lendemain étant un jour de fête, les Yamschtchiki avaient revêtu l'armiak en drap gris allemand avec des ceintures écarlates. Dans les rues des villages, pas une âme. Il faisait une splendide journée d'hiver. On nous fit traverser les déserts des gouvernements de Pétersbourg, Novgorod, Yaroslavl, etc. Nous ne rencontrions que des petites villes sans importance et clairsemées, mais à cause des fêtes nous trouvions partout à manger et à boire. Nous avions horriblement froid quoique nous fussions chaudement vêtus.

Tu ne peux t'imaginer comme il est intolérable de passer sans bouger dix heures dans la kibitka et de faire cinq à six stations par jour. J'avais froid jusqu'au cœur et c'est à peine si je parvenais à me réchauffer dans une chambre chaude. Dans le gouvernement de Perm, nous avons eu une nuit de 40 degrés: je ne te conseille pas de faire cette expérience, c'est assez désagréable.

Le passage de l'Oural fut un désastre. Il y avait un orage de neige. Les chevaux et les kibitki s'enfoncèrent; il fallut descendre, c'était en pleine nuit, et attendre qu'on les eût dégagés. Autour de nous la neige, l'orage, la frontière de l'Europe; devant nous la Sibérie et le mystère de notre avenir; derrière nous, tout notre passé. C'était triste. J'ai pleuré.

Pendant tout notre voyage, des villages entiers accouraient pour nous voir et, malgré nos fers, on nous faisait payer triple dans les stations. Mais Kousma Prokolyitch prenait à son compte près de la moitié de nos dépenses: il l'exigea; de sorte que nous... ne dépensâmes que quinze roubles d'argent chacun.

Le 11 janvier 1850, nous arrivâmes à Tobolsk. Après nous avoir présentés aux autorités, on nous fouilla, on nous prit tout notre argent, et on nous mit, moi, Dourov et Yastrjembsky dans un compartiment à part, tandis que Spieschner et ses amis en occupaient un autre: nous ne nous sommes pour ainsi dire pas vus.

Je voudrais te parler en détail des six jours que nous passâmes à Tobolsk et de l'impression que j'en ai gardé. Mais ce n'est pas le moment. Je puis seulement te dire que nous avons été entourés de tant de sympathie, de tant de compassion que nous nous sentions heureux. Les anciens déportés (ou du moins non pas eux, mais leurs femmes) s'intéressaient à nous comme à des parents. Âmes merveilleuses que vingt-cinq ans de malheur ont éprouvées sans les aigrir! D'ailleurs nous n'avons pu que les entrevoir, car on nous surveillait très sévèrement. Elles nous envoyaient des vivres et des vêtements. Elles nous consolaient, nous encourageaient. Moi qui suis parti sans rien, sans même emporter les vêtements nécessaires, j'avais eu le loisir de m'en repentir le long de la route... Aussi ai-je bien accueilli les couvertures qu'elles nous ont procurées.

Enfin, nous partîmes.

Trois jours, après nous arrivions à Omsk.

Déjà à Tobolsk, j'avais appris quels devaient être nos chefs immédiats. Le commandant était un homme très honnête. Mais le major de place de Krivtsov était un gredin comme il y en a peu, barbare, maniaque, querelleur, ivrogne, en un mot tout ce qu'on peut imaginer de plus vil.

Le jour même de notre arrivée, il nous traita de sots, Dourov et moi, à cause du motif de notre condamnation, et jura qu'à la première infraction il nous ferait infliger un châtiment corporel. Il était major de place depuis deux ans et commettait au su et au vu de tous des injustices criantes. Il passa en justice deux ans plus tard. Dieu m'a préservé de cette brute! Il arrivait toujours ivre (je ne l'ai jamais vu autrement), cherchait querelle aux condamnés et les frappait sous prétexte qu'il était «saoul à tout casser». D'autres fois, pendant sa visite de nuit, parce qu'un homme dormait sur le côté droit, parce qu'un autre parlait en rêvant, enfin pour tous les prétextes qui lui passaient par la tête, nouvelle distribution de coups; et c'était avec un tel homme qu'il nous fallait vivre sans attirer sa colère! et cet homme adressait tous les mois des rapports sur nous à Saint-Pétersbourg.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

J'ai passé ces quatre ans derrière un mur, ne sortant que pour être mené aux travaux. Le travail était dur! Il m'est arrivé de travailler épuisé déjà, pendant le mauvais temps, sous la pluie dans la boue, ou bien pendant le froid intolérable de l'hiver. Une fois, je suis resté quatre heures à exécuter un travail supplémentaire: le mercure était pris; il y avait plus de 40 degrés de froid. J'ai eu un pied gelé.

Nous vivions en tas, tous ensemble, dans la même caserne. Imagine-toi un vieux bâtiment délabré, une construction en bois, hors d'usage et depuis longtemps condamnée à être abattue. L'été on y étouffait, l'hiver on y gelait.

Le plancher était pourri, recouvert d'un verschok[21] de saleté. Les petites croisées étaient verbes de crasse, au point que, même dans la journée, c'est à peine si on pouvait lire. Pendant l'hiver, elles étaient couvertes d'un verschok de glace. Le plafond suintait. Les murs étaient crevassés. Nous étions serrés comme des harengs dans un tonneau. On avait beau mettre six bûches dans le poêle, aucune chaleur (la glace fondait à peine dans la chambre), mais une fumée insupportable et voilà pour tout l'hiver.

Les forçats lavaient eux-mêmes leur linge dans les chambres, de sorte qu'il y avait des mares d'eau partout; on ne savait où marcher. De la tombée de la nuit jusqu'au jour, il était défendu de sortir sous quelque prétexte que ce fût, et on mettait à l'entrée des chambres un baquet pour un usage que tu devines; toute la nuit, la puanteur nous asphyxiait. «Mais, disaient les forçats, puisqu'on est des êtres vivants, comment ne pas faire des cochonneries.»

Pour lit, deux planches de bois nu; on ne nous permettait qu'un oreiller. Pour couvertures, des manteaux courts qui nous laissaient les pieds découverts; toute la nuit nous grelottions. Les punaises, les poux, les cafards, on aurait pu les mesurer au boisseau. Notre costume d'hiver consistait en deux manteaux fourrés, des plus usés, et qui ne tenaient pas chaud du tout; aux pieds, des bottes à courtes tiges, et allez! marchez comme ça en Sibérie!

On nous donnait à manger du pain et du schtschi[22] où le règlement prescrivait de mettre un quart de livre de viande par homme. Mais cette viande était hachée, et je n'ai jamais pu la découvrir. Les jours de fête, nous avions du cacha[23], presque sans beurre; pendant le carême, de la choucroute à l'eau, rien de plus. Mon estomac s'est extrêmement débilité, j'ai été plus d'une fois malade. Juge s'il eût été possible de vivre sans argent! Si je n'en avais pas eu, que serais-je devenu? Les forçats ordinaires ne pouvaient pas plus que nous se contenter de ce régime; mais ils font tous, à l'intérieur de la caserne, un petit commerce et gagnent quelques kopeks. Moi, je buvais du thé et j'obtenais quelquefois pour de l'argent le morceau de viande qui m'était dû; c'est ce qui m'a sauvé. De plus, il aurait été impossible de ne pas fumer, on aurait été asphyxié dans une telle atmosphère; mais il fallait se cacher.

J'ai passé plus d'un jour à l'hôpital. J'ai eu des crises d'épilepsie; rares, il est vrai. J'ai encore des douleurs rhumatismales aux pieds. À part cela, ma santé est bonne. À tous ces désagréments, ajoute la presque complète privation de livres. Quand je pouvais par hasard m'en procurer un, il fallait le lire furtivement, au milieu de l'incessante haine de mes camarades, de la tyrannie de nos gardiens, et au bruit des disputes, des injures, des cris, dans un perpétuel tapage. Jamais seul! Et cela quatre ans, quatre ans! Parole! Dire que nous étions mal, ce n'est pas assez dire! Ajoute cette appréhension continuelle de commettre quelque infraction, qui met l'esprit dans une gêne stérilisante, et tu auras le bilan de ma vie.

Ce qu'il est advenu de mon âme et de mes croyances, de mon esprit et de mon cœur, durant ces quatre ans, je ne te le dirai pas, ce serait trop long. La constante méditation où je fuyais l'amère réalité n'aura pas été inutile. J'ai maintenant des désirs, des, espérances qu'auparavant je ne prévoyais même pas. Mais ce ne sont encore que des hypothèses; donc passons. Seulement toi, ne m'oublie pas, aide-moi! Il me faut des livres, de l'argent: fais-m'en parvenir, au nom du Christ!

Omsk est une petite ville, presque sans arbres; une chaleur excessive, du vent et de la poussière en été, en hiver, un vent glacial. Je n'ai pas vu la campagne. La ville est sale, soldatesque et par conséquent débauchée au plus haut point (je parle au peuple). Si je n'avais pas rencontré des âmes sympathiques, je crois que j'aurais été perdu. Konstantin Ivonitch Ivanor a été un frère pour moi. Il m'a rendu tous les bons offices possibles. Je lui dois de l'argent. S'il vient à Pétersbourg, remercie-le. Je lui dois vingt-cinq roubles. Mais comment payer cette cordialité, cette constante disposition à réaliser chacun de mes désirs, ces attentions, ces soins?... Et il n'était pas le seul! Frère, il y a beaucoup et âmes nobles dans le monde.

Je t'ai déjà dit que ton silence m'a bien tourmenté. Mais je te remercie pour l'envoi d'argent. Dans ta plus prochaine lettre (même dans la lettre officielle, car je ne suis pas encore sûr de pouvoir te donner une autre adresse), donne-moi des détails sur toi, sur Emilia Theodovna, les enfants, les parents, les amis, nos connaissances de Moscou, qui vit, qui est mort. Parle-moi de ton commerce: avec quel capital fais-tu maintenant tes affaires? Réussis-tu? As-tu déjà quelque chose? Enfin pourras-tu m'aider pécuniairement et de combien pourras-tu m'aider par an? Ne m'envoie l'argent dans la lettre officielle que si je ne trouve pas d'autre adresse; en tout cas, signe toujours Mikhaïl Petrovitch (tu comprends?). Mais j'ai encore un peu d'argent; en revanche, je n'ai pas de livres. Si tu peux, envoie-moi les revues de cette année, par exemple les Annales de la patrie.

Mais voici le plus important: il me faut (à tout prix) les historiens antiques (traduction française) et les nouveaux; quelques économistes et les Pères de l'Église. Choisis les éditions les moins coûteuses et les plus compactes. Envoie immédiatement.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Ce sont des gens simples, me dira-t-on pour m'encourager. Mais un homme simple est bien plus à craindre qu'un homme compliqué.

D'ailleurs les hommes sont partout les mêmes. Aux travaux forcés, parmi des brigands, j'ai fini par découvrir des hommes, des hommes véritables, des caractères profonds, puissants, beaux. De l'or sous de l'ordure. Il y en avait qui, par certains aspects de leur nature, forçaient l'estime; d'autres étaient beaux tout entiers, absolument. J'ai appris à lire à un jeune Tcherky envoyé au bagne pour brigandage; je lui ai même enseigné le russe. De quelle reconnaissance il m'entourait! Un autre forçat pleurait en me quittant; je lui ai donné de l'argent, très peu, il m'en a une gratitude sans bornes. Et pourtant mon caractère s'était aigri; j'étais avec eux capricieux, inconstant; mais ils avaient égard à l'état de mon esprit et supportaient tout de moi, sans murmurer. Et que de types merveilleux j'ai pu observer au bagne! J'ai vécu de leur vie et puis me vanter de les bien connaître.

Que d'histoires d'aventuriers et de brigands j'ai recueillies! Je pourrais en faire des volumes. Quel peuple extraordinaire! Je n'ai pas perdu mon temps; si je n'ai pas étudié la Russie, je sais par cœur le peuple russe; bien peu le connaissent comme moi... Je crois que je me vante. C'est pardonnable, n'est-ce pas?

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Envoie-moi le Coran, Kant (Critique de la raison pure), Hegel, surtout son Histoire de la philosophie. Mon avenir dépend de tous ces livres. Mais surtout remue-toi pour m'obtenir d'être transféré au Caucase. Demande à des gens bien informés où je pourrais publier mes livres et quelles démarches il faudrait faire. D'ailleurs je ne compte rien publier avant deux ou trois ans. Mais d'ici là, aide-moi à vivre, je t'en conjure! Si je n'ai pas un peu d'argent, je serai tué par le service! Je compte sur toi!

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Maintenant je vais écrire des romans et des drames. Mais j'ai encore à lire beaucoup, beaucoup; ne m'oublie donc pas!

Encore une fois adieu.

Th. D

Cette lettre resta sans réponse, comme tant d'autres. Il appert que Theodor Michaïlovitch resta sans nouvelles des siens durant toute sa captivité, ou presque toute. Faut-il croire, de la part de son frère, à de la prudence, à la crainte de se compromettre, à de l'indifférence peut-être? Je ne sais... C'est vers cette dernière interprétation qu'incline son biographe, Mme Hoffmann.

La première lettre de Dostoïevsky que nous connaissons après son élargissement et son enrôlement dans le 7e bataillon d'infanterie du corps de Sibérie, est du 27 mars 1854. Elle ne figure pas dans la traduction de M. Bienstock. Nous y lisons:

Envoie-moi... pas de journaux, mais des historiens européens. Économistes. Pères de l'Église. Les anciens autant que possible: Hérodote, Thucydide, Tacite, Pline, Flavius, Plutarque, Diodore, etc., traduits en français. Puis le Coran et un dictionnaire allemand. Naturellement tout cela pas en une seule fois; mais enfin ce que tu pourras. Envoie-moi aussi la Physique de Pissaren et un traité de physiologie, n'importe lequel, français, s'il doit être meilleur qu'en russe. Tout cela dans les éditions les moins coûteuses. Tout cela, pas en une fois; mais lentement, un livre après autre. Si peu que tu fasses, je te serai reconnaissant. Comprends doue combien j'ai besoin de cette nourriture intellectuelle...

Tu connais à présent mes principales occupations, écrit-il un peu plus tard.

À vrai dire, je n'en ai pas d'autres que celles du service. Pas d'événements extérieurs, pas de troubles dans ma vie, pas d'accidents. Mais ce qui se passe dans l'âme, dans le cœur, dans l'esprit, ce qui a poussé, ce qui a mûri, ce qui s'est flétri, ce qui a été rejeté en même temps que l'ivraie, cela ne se dit pas et ne se raconte pas sur un bout de papier. Je vis ici dans l'isolement: je me cache, comme d'habitude. D'ailleurs, pendant cinq ans, j'étais sous escorte, et c'est quelquefois pour moi le plus grand délice de me trouver seul. En général, le bagne a détruit bien des choses en moi et en a fait éclore d'autres. Par exemple, je t'ai déjà parlé de ma maladie: d'étranges accès qui ressemblent à ceux de l'épilepsie, et cependant ce n'est pas l'épilepsie. Je te donnerai un jour des détails.

Sur cette question de la maladie, nous reviendrons dans la dernière de ces causeries.

Lisons encore dans la lettre du 6 novembre de la même année:

... Voilà bientôt dix mois que j'ai commencé ma nouvelle vie. Quant aux autres quatre années, je les considère comme une époque pendant laquelle j'étais enterré vivant et enfermé dans un cercueil. Quelle terrible époque c'était! je n'ai pas la force de te le raconter, mon ami. C'était une souffrance indicible, interminable, car chaque heure, chaque minute pesait sur mon âme. Pendant toutes ces quatre années, pas un instant pendant lequel je ne sentisse que j'étais au bagne.

Mais, aussitôt après, voyez à quel point son optimisme reprend le dessus:

J'étais tellement pris pendant l'été, que je trouvais à peine le temps de dormir. Mais à présent, je suis un peu habitué. Ma santé s'est aussi un peu améliorée. Et, sans perdre l'espoir, j'envisage avenir avec assez de courage.