Il fit geste de se lever.
— Restez! restez donc, cher Monsieur, dit Lafcadio qui commençait à s'amuser. Vous feriez bien de manger au contraire, sans vous inquiéter de ce vin. Je vous ramènerai tout à l'heure si vous avez besoin qu'on vous soutienne; mais n'ayez crainte: ce que vous en avez bu ne griserait pas un enfant.
— J'en accepte l'augure. Mais, vraiment, je ne sais comment vous... Vous offrirai-je un peu d'eau de Saint-Galmier?
— Je vous remercie beaucoup; mais permettez-moi de préférer mon champagne.
— Ah! vraiment, c'était du champagne! Et... vous allez boire tout cela?
— Pour vous rassurer.
— Vous êtes trop aimable; mais, à votre place, je...
— Si vous mangiez un peu, interrompit Lafcadio, mangeant lui-même, et que Defouqueblize embêtait.
Son attention à présent se portait sur la veuve:
Certainement une Italienne. Veuve d'officier sans doute. Quelle décence dans son geste! quelle tendresse dans son regard! Comme son front est pur! Que ses mains sont intelligentes! Quelle élégance dans sa mise, pourtant si simple... Lafcadio, quand tu n'entendras plus en ton coeur les harmoniques d'un tel accord, puisse ton coeur avoir cessé de battre! Sa fille lui ressemble; et de quelle noblesse déjà, un peu sérieuse et même presque triste, se tempère l'excès de grâce de l'enfant! Vers elle avec quelle sollicitude la mère se penche! Ah! devant de tels êtres le démon céderait; pour de tels êtres, Lafcadio, ton coeur se dévouerait sans doute...