— Vous brûlez ce que vous adoriez, dit-il. Cela est bien. Vous vous y prenez tard ; mais la flamme est d’autant plus nourrie. Je ne sais encore si je vous entends bien ; vous m’intriguez. Je ne cause pas volontiers, mais voudrais causer avec vous. Dînez donc avec moi ce soir.
— Cher Ménalque, lui répondis-je, vous semblez oublier que je suis marié.
— Oui, c’est vrai, reprit-il ; à voir la cordiale franchise avec laquelle vous osiez m’aborder, j’avais pu vous croire plus libre.
Je craignis de l’avoir blessé ; plus encore de paraître faible, et lui dis que je le rejoindrais après dîner.
A Paris, toujours en passage, Ménalque logeait à l’hôtel ; il s’y était, pour ce séjour, fait aménager plusieurs pièces en manière d’appartement ; il avait là ses domestiques, mangeait à part, vivait à part, avait étendu sur les murs, sur les meubles dont la banale laideur l’offusquait, quelques étoffes qu’il avait rapportées du Népal et qu’il achevait, disait-il, de salir avant de les offrir à un musée. Ma hâte à le rejoindre avait été si grande que je le surpris encore à table quand j’entrai ; et comme je m’excusais de troubler son repas :
— Mais, me dit-il, je n’ai pas l’intention de l’interrompre et compte bien que vous me le laisserez achever. Si vous étiez venu dîner, je vous aurais offert du Chiraz, de ce vin que chantait Hafiz, mais il est trop tard à présent ; il faut être à jeun pour le boire ; prendrez-vous du moins des liqueurs ?
J’acceptai, pensant qu’il en prendrait aussi ; puis, voyant qu’on n’apportait qu’un verre, je m’étonnai :
— Excusez-moi, dit-il, mais je n’en bois presque jamais.
— Craindriez-vous de vous griser ?