Et tout à coup, comme quelqu’un qui se lamente, je criai : Depuis combien de jours as-tu dit : voici que les collines du pays s’éloignent et que nous n’avons plus pour soutenir nos fidélités que de trop lointains souvenirs. Depuis, qu’avons-nous vu dans la plaine ! La plaine. El Hadj ! que raconteras-tu de la plaine ? Il n’y a rien. N’est-ce pas que tu n’as rien vu dans la plaine ?

— J’ai vu des fleuves, des grands fleuves, disparaître entiers dans le sable ; ils ne s’y jetaient pas, je suppose ; ils s’y enfonçaient lentement ; ils y disparaissaient, comme des espérances. — Parfois ils reparaissaient plus loin ; ils ne surgissaient pas, je suppose ; ils ressortaient simplement du sable en une eau fine et filtrée ; reparaissaient comme des espérances. Plus loin, il n’y avait plus que du sable ; on ne savait même plus ce qu’eux ils étaient devenus. — Fleuves, grands fleuves, ce n’est pas vous que nous sommes venus voir.

Dites ! qu’avez-vous vu dans la plaine ?

La caravane immense y a passé.

Qu’est-ce qu’elle aura vu sur le sable ?

Des os blanchis ; des coquilles vidées ;

Des traces ; des traces ; des traces, —

Que le vent du désert effaçait.

L’immense vent du désert a passé. —

Ah ! qu’avez-vous été voir dans la plaine ?