Cependant chaque après-midi devenait un peu plus accablante. Quand les mirages n’y germaient pas, on ne voyait exactement devant soi que les sables roux de la plaine qui se levaient en dunes par instants ; le seul épisode d’un jour était d’avoir cueilli des coloquintes. Pour occuper j’imaginais des pratiques plus rigoureuses et de singulières privations. A peine dans le camp avions-nous emmené quelques femmes, mais je citai des heures pour les toucher ; pourtant ils n’avaient point comme moi le cœur rempli d’amour pour le prince et n’étaient point occupés par cela. Devant eux je montrais de la suffisance et pour qu’ils ne m’interrogent plus, je n’affirmais que des choses incohérentes : aux soumis des promesses de récompense, aux révoltés des menaces de châtiment. Puis je m’en retournais près de la tente où le prince ne me laissait entrer que le soir — et jusqu’au soir je sentais se défaire mon assurance, qui près du prince renaissait. — Mais je ne sais comment, lorsque j’avais faibli le jour, au soir le prince le savait. — El Hadj ! disait-il alors d’une voix toujours amoindrie, c’est en ta foi que je repose ; en ta croyance en moi je puise la certitude de ma vie. — Je ne comprenais pas alors, mais après chaque jour de doute, au soir je le trouvais un peu plus affaibli. Hélas ! et c’est pourquoi chaque matin ma foi s’en réveillait plus faible ; puis quand auprès de lui toute la nuit je refaisais ma confiance, lui n’était point par là fortifié. — El Hadj ! disait-il alors, pauvre prophète ! comme ton amour est petit ! Vaut-il la peine que j’en vive ? si tu n’en es pas plus brûlé, — O ! répondais-je, je vous aime, prince, autant que je peux vous aimer. — C’est au soleil que tout chancelle ; la nuit je m’assieds près de vous et me consume de ferveur. — Que ne suis-je sous votre tente tout le jour ? nous nous consolerions longuement ; durant le jour aussi je vous aime ; j’attends la nuit et pleure que vous ne m’apparaissiez pas. Que ne vous laissez-vous mieux connaître ? Je ne souhaite connaître que vous. Ah ! si je pouvais voir ton visage, prince, j’en serais tout fortifié. — Alors le prince me prit la main, et j’en fus tellement troublé… Ma tendresse en fut augmentée, mais ma confiance navrée — tant cette main brûlait de fièvre.
Le lendemain, entre les marches du long du jour, près de sa tente encore déployée, espérant qu’il m’entendrait, je chantais :
Ma tente vogue sur le désert
Comme sur une mer embrasée.
Portes de toiles, que le vent vous soulève !
Portes de ma tente, vous êtes de lumière pénétrées.
Soulevez-vous, portes de toile
Et laissez entrer mon désir.
Mais à peine si le vent faisait claquer la toile comme la voile d’un navire. Le prince dormait tout le jour et ne m’entendait pas chanter. Alors je reprenais d’une façon plus murmurée :
Mon doux ami dort sous la tente,