Enfant, ne parle pas de Zeus. Tu ne m’as pas compris. Écoute-moi. Parce que mon âme tourmentée se cache et qu’elle accepte, me crois-tu moins triste que toi ? Tu ne connais pas Philoctète, et Philoctète est mon ami. Il m’est plus dur qu’à toi de le trahir. Les ordres des dieux sont cruels ; ils sont les dieux. Si je ne te parlais pas dans la barque, c’est que mon grand cœur attristé ne songeait même plus aux paroles… Mais tu t’emportes comme faisait ton père et tu n’entends plus la raison.

NÉOPTOLÈME

Mon père est mort, Ulysse ; n’en parle pas, il est mort pour la Grèce. Ah ! pour elle lutter, souffrir, mourir — demande-moi ce que tu veux, — mais pas trahir un ami de mon père !

ULYSSE

Enfant, écoute et réponds-moi : n’es-tu pas l’ami de tous les Grecs avant d’être l’ami d’un seul ? ou plutôt, la patrie n’est-elle pas plus qu’un seul ? et souffrirais-tu de sauver un homme s’il te fallait pour le sauver perdre la Grèce ?

NÉOPTOLÈME

Ulysse, tu dis vrai, je ne le souffrirais pas.

ULYSSE

Et tu conviens que, si l’amitié est une chose très précieuse, la patrie est chose plus précieuse encore ?… Dis-moi, Néoptolème, en quoi consiste la vertu ?

NÉOPTOLÈME