Quelques jours après, pour la dernière fois, je le revis. Je ne veux citer de notre conversation qu'un mot. Il m'avait dit sa gêne, l'impossibilité de continuer, de commencer même un travail. Tristement je lui rappelais la promesse qu'il s'était faite de ne reparaître à Paris qu'avec une pièce achevée:

—«Ah! pourquoi, commençais-je, avoir si tôt quitté Berneval, où vous vous étiez promis de rester si longtemps? Je ne puis pas dire que je vous en veuille, mais...»

Il m'interrompit, mit sa main sur la mienne, me regarda de son plus douloureux regard:

—«Il ne faut pas en vouloir, me dit-il, à quelqu'un qui a été frappé

Oscar Wilde mourut dans un misérable petit hôtel de la rue des Beaux-Arts. Sept personnes suivirent l'enterrement; encore n'accompagnèrent-elles pas toutes jusqu'au bout le funèbre convoi. Sur la bière, des fleurs, des couronnes; une seule m'a-t-on dit portait une inscription: c'était celle du propriétaire de l'hôtel; on y lisait ces mots: A MON LOCATAIRE.

[1] Ecrit en Décembre 1901.

[2] La rédaction qu'il fit plus tard de ce conte est, par extraordinaire, excellente—par conséquent aussi la traduction qu'en donna notre ami H. Davray, dans la Revue Blanche.

[3] Depuis que Villiers de l'Isle-Adam l'a trahi, tout le monde sait, hélas! le grand secret de l'Eglise: Il n'y a pas de purgatoire.

[4] Un de ces derniers soirs d'Alger, Wilde semblait s'être promis de ne rien dire de sérieux. Enfin je m'irritai quelque peu de ses trop spirituels paradoxes:

—«Vous avez mieux à dire que des plaisanteries, commençai-je; vous me parlez ce soir comme si j'étais le public. Vous devriez plutôt parler au public comme vous savez parler à vos amis. Pourquoi vos pièces ne sont-elles pas meilleures? Le meilleur de vous, vous le parlez; pourquoi ne l'écrivez-vous pas?