Le Président. — Enfin, l’un frappait, l’autre baillonnait, le troisième fouillait. Braz dit que c’est Cordier qui l’a frappé ; vous dites que c’est Cordier qui l’a fouillé. Il y a eu sans doute quelque confusion dans la lutte et par conséquent dans les témoignages aussi. Il ressort de tout cela que la responsabilité des trois accusés a été engagée au même degré, et c’est ce qui paraît évident. Fille Gabrielle, vous pouvez vous rasseoir.
La fille Gabrielle est la dernière interrogée ; on va passer aux plaidoiries. Alors le Président, selon l’usage, se tournant vers « celui qui a la main en écharpe » :
— Vous n’avez rien à ajouter au rapport du témoin ?
Cordier, qui sent que tout va finir, en sanglotant :
— Monsieur le Président, j’dis la vérité, j’l’ai pas touché. — Puis dans un élan pathétique, du plus fâcheux effet : — Je l’jure sur la tombe de mon père…
Le Président. — Mon enfant, laissez donc votre père tranquille.
Cordier, continuant. — … pas même du bout du doigt…
Pour Cordier, non plus que pour les autres, aucun témoin à décharge n’a été cité. On a bien donné lecture de la lettre d’un des patrons de Cordier ; mais pourquoi n’entendons-nous pas sa mère ? — Parce que Yves Cordier n’a pas voulu qu’elle fût appelée ; il s’est même refusé à donner son adresse.
Le Président. — Pourquoi n’avez-vous pas voulu donner l’adresse de votre mère ?