—Eh! mais, s’écrie Mme d’Aiguillon, l’idée est délicate et la chute jolie: Thémire aurait mauvaise grâce à n’être point satisfaite...
A ce moment, M. de La Tresne, après quelques paroles avec M. de Secondat, vient faire sa révérence à la duchesse...
—Je gage, assure-t-il, que Barbot vous récite les Quand et les Pourquoi décochés à notre ami Pompignan.
—Non certes; que signifie?...
—Que Pompignan, avec son orgueil démesuré, est en train de devenir la fable de Paris. Voltaire, qu’il n’a pas craint d’attaquer en face, vient d’entrer en lice... Ah! Madame, quelle volée de bois vert!
—Vous ne m’en disiez rien, Barbot...
—C’est ce matin, duchesse, que je reçus le paquet[266]; justement, j’ai la pièce sur moi...
Et le bonhomme de fouiller dans des poches gigantesques où foisonnent pêle-mêle journaux, lettres, brochures, papiers de tous formats; mais ses efforts demeurent vains... A sa mine déconfite, Mme d’Aiguillon ne peut réprimer un rire retentissant...
—M. de Montesquieu, insinue-t-elle, estimait que, dans l’ordre des choses difficiles, il en est deux devant lesquelles il faut s’avouer impuissant: découvrir une épingle dans un char de foin, et retrouver un manuscrit confié à votre vigilance... Je commence à croire qu’il avait raison.
—Madame, réplique sentencieusement Barbot, M. de Montesquieu, quand il prenait la peine de juger son monde, ne se trompait jamais... Aussi bien, ma mémoire peut-elle suppléer au désordre qu’il vous plaît de relever en ces termes sévères...