Et il se met à réciter la satire dont Bordeaux, après Paris, allait faire des gorges chaudes...
Laissons Lefranc de Pompignan sous la férule, et passons dans le salon voisin où, pour causer à l’aise, s’est réfugiée une troupe de jeunes et jolies femmes. C’est le coin des minois espiègles, des yeux éveillés, des épaules troublantes. On devise, on rit, on chuchote à travers un nuage de poudre, des flots de parfums, une avalanche de gazes, de plumes et de fleurs: le fouillis le plus pittoresque en même temps que le plus harmonieux...
Élisabeth Duplessy, debout, dans la pose d’une prêtresse d’Apollon, prononce quelques paroles qui éveillent vivement la curiosité, car les caquetages cessent comme par enchantement, les chaises se rapprochent, et l’on n’entend plus que le choc des éventails, uni au frémissement des jupes de satin.
—Vous avez cette liste? demandent à voix basse dix bouches inquiètes.
—Ici même, dans la paume de mon gant.
—Elle comprend?
—De nombreuses personnes de notre monde. Au nom de chacune d’elles correspond, en manière d’ironie ou de critique, le titre d’une comédie.
—Quel oubli des convenances!
—Oh! l’allure générale n’est point pour effrayer... En désire-t-on un spécimen? Je prends au hasard parmi les dames... Les Folies amoureuses: Mlles de Pile... La Fausse Prude: la première présidente... Les Précieuses ridicules: Mlles de Sallegourde... Que dire encore! La sentencieuse Mme Boyer figure la comtesse d’Escarbagnas; Mlle de Ségur tient l’emploi des Bélise, et votre humble servante est représentée sous les traits de Philaminte, l’épouse méconnue du bonhomme Chrysale...
—Lisez, lisez, chère belle! s’écrie-t-on de toutes parts.