Au bout d'un instant, quand les jouets furent bien sûrs qu'ils étaient seuls et que personne ne pouvait les voir, ils se hasardèrent à faire un pas ou deux en avant; un rayon de lune, qui entrait par la fenêtre, éclairait d'une lueur blafarde les ruines du village et de la bergerie.

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Mais, déjà, les bergers étaient revenus: les uns, aidés des soldats, remettaient les maisons debout pendant que les autres ramassaient les moutons. Quillembois pensa que la petite bergère n'était pas loin. Enjambant les décombres avec précaution, il la chercha au milieu des ruines et l'aperçut enfin au bord de la table.

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La pauvre petite, les yeux pleins de larmes, regardait l'abîme qu'elle avait devant les yeux et dont, à cause de l'obscurité, elle ne pouvait apercevoir le fond, qui était le parquet.

Elle expliqua à Quillembois qu'elle ne pouvait plus vivre au milieu de ces coups de canon qui renversaient les villages, les églises, les moutons et les bergères, et qu'elle ne désirait rien tant que de s'enfuir.

Le petit soldat lui répondit qu'il ne demandait pas mieux que de se sauver avec elle; il ajouta qu'il serait bien heureux de la guider dans cette entreprise pleine de dangers, si elle voulait bien, toutefois, le lui permettre.

Comme il était déjà tombé du haut d'une table, il savait bien que les jouets de bois ne se font pas grand mal dans leur chute, mais il pensa aussi que ni la bergère ni lui ne pourraient, une fois qu'ils seraient en bas, ouvrir la porte ou la fenêtre et qu'alors ils seraient ramassés tous les deux, le lendemain matin, pour aller rejoindre les autres jouets au fond de leur boîte.