Thérèse monta jusqu'au sommet de la tour, d'où le magnifique panorama de la Saintonge et du Médoc se déroulait à ses yeux dans les splendides lueurs d'un soleil tombant.

Si l'aspect de la mer élargit les pensées et rend plus solennelles les saintes joies des heureux, en revanche, pour ceux qui souffrent, elle fait plus grande la solitude des coeurs. Vue de si haut et de si loin, cette plaine bleue qui s'en allait à l'infini lui semblait immense et éternelle comme son premier amour.

—Quel admirable décor, pensait-elle, pour notre pauvre bonheur perdu! S'il était encore là, celui qui depuis deux ans ne peut rien voir ni rien entendre!

Elle se sentit défaillante, et, prise d'un frisson mortel, eut une vraie crise de larmes. Mais elle essuya vite ses joues en entendant derrière elle le pas de sa mère montant les dernières marches de granit.

—Tu as pleuré, ma fille?...

—C'est le grand vent de mer qui nous fouette les yeux, répondit-elle en essayant de sourire.

—Descendons, tu n'y tiendrais pas.

D'autres fois, levée avec le soleil, elle s'en allait toute seule, emportée par son bel arabe noir, jusqu'à la descente pittoresque et sauvage où commence la Grande-Côte. Narines ouvertes et la crinière au vent, Mistral semblait aspirer dans la brise de mer comme un souvenir du pays natal. A l'aspect de ces larges grèves étalées à perte de vue, l'impressionnable et fin pur-sang, dans sa noble intuition de race, rêvait de ces grands déserts de sable où dormaient ses glorieux ancêtres d'Orient. Il semblait entrevoir, comme par un effet de lointain mirage à travers les âges, ces merveilleuses contrées d'outre-mer qu'il n'avait jamais connues, mais qui lui apparaissaient comme dans une perspective étrange, à la fois lumineuse et confuse.

Et Thérèse et Mistral, lancés tous deux à corps perdu dans ces grands espaces libres, s'enivraient de la fraîcheur des brises, dans leur course vertigineuse, aérienne et rapide comme un vol.

Un de ces jours-là, Thérèse commit une grave imprudence à son retour. Au lieu de suivre, à gauche, dans les sables, le chemin tout tracé par la roue des voitures, elle descendit à droite jusqu'au Puits-de-Lauture, où le flot de marée s'engouffre avec des bruits de tonnerre.