1° Ces incendies ont été surfaits, exagérés outre mesure, et l'on s'en est servi d'une façon odieuse pour les besoins de la vengeance.
2° Plusieurs ont été allumés par les obus des assaillants.
3° Les maisons incendiées par les fédérés ne l'ont été que pour les nécessités de la défense, et non pas avec ce projet fantastique qu'on leur impute de brûler Paris. Les soldats s'introduisaient par derrière dans les maisons attenantes aux barricades et de là tiraient à feu plongeant sur les défenseurs. Il fallait donc: ou brûler ces maisons à l'intérieur, ou abandonner le combat.
Quant à l'incendie des Tuileries, de la Préfecture de police, du Palais de justice, de la Légion-d'honneur, etc., le nom des coupables n'est pas connu, et quand on se rappelle le premier incendie manqué de la Préfecture de police, au mois de novembre précédent; quand on songe à l'intérêt qu'avaient telles gens à la destruction de certains papiers; aux agents de Versailles qui remplissaient Paris; à l'intelligence des flammes, qui ont respecté tout ce dont la perte, en monuments ou en collections, eût été irréparable; quand on pense à la situation douteuse du pouvoir légal vis-à-vis de la France, qui lui était hostile, et qui, si elle n'approuvait pas la Commune, reconnaissait du moins la légitimité des réclamations de Paris; au danger dès lors qu'offrait l'exécution du plan d'extermination, dicté par une politique à la Médicis, en même temps que caressé par une haine implacable,—danger tel que le vainqueur pouvait succomber par sa victoire—on comprend qu'un grand crime, attribué aux fédérés, pouvait seul, en excitant la colère publique, permettre cette extermination, ces vengeances; et l'on peut soupçonner, sous cet incendie de Paris, un des plus épouvantables mystères que l'histoire ait à pénétrer.
L'histoire des républiques, telles que la république française actuelle, ressemble beaucoup, malheureusement, à celle des empires. Ce n'est pas à la surface qu'il faut la voir, et ce n'est pas au grand jour qu'elle s'élabore. Pour qui l'a bien observée, cette histoire, elle n'est autre, depuis le 4 Septembre, que le développement d'un complot monarchique, immédiatement formé, et qui entre en guerre, en même temps que les Prussiens, contre la République. Et cette guerre latente est la principale; car l'autre en devient le terrain, le tapis franc, et en reçoit son issue.
Les monarchistes, on le sait bien, n'eurent jamais de patrie, pas plus que leurs princes; ainsi voit-on ceux-ci, dès que la France est abattue, accourir sans pudeur, chacals affamés, sur cette proie. Le premier souci des faux républicains du 4 Septembre n'est pas l'ennemi national, c'est la démocratie populaire. Après tout, Guillaume est un roi; entre rois et conservateurs on s'arrange toujours; le pis est de payer, et c'est le peuple que cela regarde! Mais la démagogie! mais le socialisme! grands dieux! Avoir le peuple pour maître au lieu de le gouverner! Se voir disputer cette oisiveté dorée, qu'on a conquise, au prix, déjà, de tant d'autres capitulations!—Ils n'eurent plus que cet objet, que cette peur, et lui sacrifièrent la France. La République victorieuse, arrachant le pays à l'abîme où l'avait jeté la monarchie, cela pouvait être la fin du vieux monde.
Paris surtout, Paris! c'est lui qui excitait leur terreur. Paris socialiste, Paris armé, délibérant dans ses clubs, dans son conseil et s'administrant lui-même! Ce génie si longtemps captif, et même alors dangereux! enfin délivré! Quel exemple! Quelle propagande! Quel péril!
Et puis, Paris est la seule place où l'on puisse asseoir le trône. Mais le peuple l'occupait, cette place, le peuple armé! Il fallait donc la déblayer à tout prix. Mais le prétexte d'une telle mesure ne pouvait être qu'un méfait du peuple, un abus de ses armes, une insurrection enfin? qui du même coup permettrait de fusiller et d'emprisonner les démocrates.—Ce plan n'est pas nouveau, il est presque aussi vieux que les aristocraties. Les conservateurs n'inventent plus… mais ils perfectionnent. Jamais en effet jusqu'ici, rien de ce genre n'avait été fait d'aussi grand.
Qui donc, depuis la fin de février jusqu'au 18 mars, presque chaque jour, au passage des trains dans les gares des campagnes, jetait ces bruits: On se bat dans Paris! Paris est en feu! Ce qui faisait dire aux paysans avec rage:—Après tant de malheurs, ces brigands de Parisiens ne nous laisseront donc point vivre en paix!
Qui donc avait employé les cinq mois du siège, les cinq mois du silence forcé de Paris, à persuader aux campagnards que c'étaient les républicains qui avaient forcé l'empire à la guerre? et que les Parisiens, non seulement refusaient de se battre contre les Prussiens; mais encore empêchaient Trochu de faire des sorties, par la nécessité de contenir leurs émeutes?