Souhaitez la rencontrer surtout si vous êtes perdu ; elle vous remettra dans le bon chemin. C'est elle qui écarte le danger des pas insoucieux des petits enfants et va les bercer quand ils pleurent. Aidés de leurs maris, les “erdmännle” vêtus de brun, c'étaient elles jadis qui, lorsque menaçait l'orage, se hâtaient de faucher le blé et d'assembler les gerbes, de sécher au plus vite le linge des lavandières… En échange de si grands services, comment se froisser, les jours de verglas, d'entendre les rires argentins des gnomes saluer les chutes des promeneurs balourds?

D'autant qu'ils ne sont pas si gais, les pauvres. Car peut-être, je vous le dis tout bas, en eux sont réincarnés les anges déchus ; ils vivent dans l'angoisse terrible de savoir si plus tard ils seront damnés. Et de là vient leur angoisse de la mort et ces gémissements par lesquels, dans la nuit, ils vous annoncent le trépas prochain d'une personne que vous aimez…

Hélas! aujourd'hui “erdwible” et “erdmännle” se font rares. Et il n'est pas fréquent qu'on les aperçoive encore au clair de lune jouer à la paume sur les prés avec des châtaignes, des boules de platane ou des pommes de terre. C'est qu'ils se cachent et sont honteux depuis que quelques malotrus se sont moqués de leurs pieds d'oie et de leurs sabots de chèvre. Et puis sans doute que, comme à beaucoup de gens, la vie en Alsace leur est devenue aujourd'hui plus difficile.

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A défaut de l'“erdwible,” peut-être rencontrerez-vous le chasseur nocturne : méfiez-vous. Voici son histoire telle que la recueillit M. Auguste Stœber, telle qu'elle nous est traduite par M. R. Stiébel.

La forêt de la Moder, située entre Obermodern et la forêt du Héru qui dépend de Buchsweiler, a dans le pays une très mauvaise réputation à cause des revenants qui s'y rencontrent et qui effrayent ou égarent les passants. Le chasseur sauvage y chasse en automne. Il passe faisant grand bruit et criant, par dessus la cime des arbres ; il vient du Nord et se dirige vers la pente qui s'étend jusqu'à Urweiler où il fait paître ses bêtes.

Il a souvent, dit-on, passé par dessus Buchsweiler et a choisi comme retraite le bois de Riedheim.

Au milieu du tapage de la chasse, le passant isolé s'entend souvent interpeller par son nom. Il ne doit pas répondre, sans cela il serait saisi par les puissances des ténèbres et devrait errer toute la nuit dans la forêt.

Si la chasse sauvage passe dans le voisinage d'un voyageur, ou bien par dessus sa tête, il n'a qu'à tirer un mouchoir (de lin ou de chanvre), de préférence un mouchoir blanc, à l'étendre à terre et à se placer dessus. Il ne risque rien dès lors.

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