Bientôt on l'a rappelée. Un peu solennelles, la larme à l'œil, mais, tout de même, le visage joyeux, les deux commères l'ont toisée. Elle ne savait où se fourrer, tortillait entre les doigts les rubans de son tablier.
— Est-ce vrai, Trinele, que ton herbe de la Saint Jean n'a pas fané?
A cette question de la mère Steiner, Trinele a senti “le rouge de coq” lui monter au visage. Tout de même elle n'a pu s'empêcher, la voyant sourire d'un air malin, de lui sourire aussi. Et tout à coup elle s'est trouvée dans les bras de la brave femme qui l'a fortement serrée sur son cœur en murmurant :
— Alors c'est vrai que tu veux être la petite femme de mon “herzkäfer”?
Car, étant le plus jeune des trois fils Steiner, Friedli est intitulé le “herzkäfer,” le “scarabée de cœur” de sa maman.
....... .......... ...
On a couru chercher les hommes. Ils sont entrés, le père Keslach cordial selon sa coutume, le père Steiner très digne et ce grand Friedli si ému! On a commencé par échanger avec tout le monde des poignées de main. Et puis, dans sa cave, Gottlieb Keslach a été quérir une vieille bouteille et l'on a trinqué à la santé des fiancés. Naturellement les Steiner ont été invités à dîner. Comme de juste, Trinele se préparait à aider sa mère : mais on l'a renvoyée loin des casseroles. C'est un proverbe connu que cuisinière amoureuse sale trop les plats. Alors, tandis que les mamans travaillaient des bras et de la langue, Trinele et Friedli sont allés s'asseoir la main dans la main sur le vieux banc au jardin. A demi-voix ils se sont raconté beaucoup de choses ; et entre autres Trinele a appris ceci qu'elle soupçonnait peut-être à moitié : si son brin d'herbe de la Saint Jean est resté si vert, c'est que chaque nuit Friedli, au risque de se rompre les os, grimpait à la fenêtre pour le renouveler…
Le lendemain, Friedli a glissé une bague d'argent au doigt de sa promise… La vieille étend son annulaire noueux où brille un cercle terni :
— Celle-là, monsieur, vous voyez.
Ils se sont mariés après la moisson.