— J'espère que vous leur avez obéi soigneusement!

Les deux vieux lèvent l'un sur l'autre leurs prunelles ternies. Et leurs bouches édentées se sourient.

Jo, monsieur, nous avions tout oublié…

Reprises des sonneries de cloche et de la fusillade. On signe à la sacristie. On s'embrasse. Le cortège se remet en marche à travers le village. Quelques poignées de sous aux gamins qui ont tendu des cordes dans la rue et réclament de quoi boire pour livrer passage. Et puis toute la noce s'engouffre dans la maison Keslach.

— Après tant d'histoires, monsieur, vous pensez qu'on n'était pas fâché de manger un morceau.

— Je pense, Madame Trinele, qu'on en a mangé quelques-uns.

— Dame, on s'est mis à table à une heure. Et c'est seulement à six, quand on en est sorti, que le bal a commencé.

— Ça ne faisait pas de mal, vous comprenez, après, de se trémousser un peu.

On s'est trémoussé une bonne partie de la nuit. Après avoir ouvert le bal ensemble, Friedli et Trinele ont dansé chacun avec tous leurs amis. Et puis ils se sont retrouvés et ne se sont plus quittés.

Pendant que la jeunesse s'amusait, des personnes de confiance — il y a toujours quelques vieilles cousines expérimentées pour y avoir l'œil — s'occupaient de faire décharger le char, de surveiller l'arrangement des meubles et des ustensiles dans la maison des nouveaux époux…