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Une excellente association, celle du Souvenir Français, présidée aujourd'hui par M. Jean, de Vallières, s'est donné pour tâche, en dehors de toute idée politique, d'honorer les soldats de France qui succombèrent en 1870. C'est ainsi que dans ces dernières années se sont multipliées des cérémonies émouvantes où souvent se retrouvent en présence d'anciens combattants des deux armées.

L'une des plus solennelles fut celle qui eut lieu à Wissembourg, le 17 octobre 1909, pour inaugurer le monument consacré “aux soldats français morts pour la Patrie,” dont un comité Alsacien avait pris l'initiative.

Il s'élève sur le Geisberg tout près de l'endroit où le 4 août 1870 le général Abel Douay fut frappé mortellement d'un éclat d'obus. De toute l'Alsace, des souscriptions avaient afflué, dépassant du double ou du triple l'attente des organisateurs.

Le jour de l'inauguration, c'est par dizaines de mille que l'on accourut dans la petite ville dont les maisons étaient décorées d'épaisses guirlandes piquées de roses de papier rouges et blanches, où çà et là s'ajoutaient des couronnes ornées de fleurs bleues. Vers la colline, on voyait, dit un témoin oculaire, monter “une foule de paysans aux costumes sombres mais pittoresques… comme un cortège de fourmis, sur plus d'une demi-lieue d'étendue. Il y en a depuis Wissembourg jusqu'au haut du Geisberg et il en monte autant de tous les autres côtés. Les villages environnants à plusieurs lieues à la ronde se sont mis en branle. Les sociétés venues de France avec leurs étendards arrivent et pénètrent aux places réservées dans l'enceinte, ainsi que les pompiers qui ont conservé leurs casques de forme française, les sociétés militaires du Palatinat et d'ailleurs avec leurs aigles allemandes, des sociétés de musique, des délégations du Souvenir Français et surtout les vétérans alsaciens-lorrains des armées françaises avec le numéro de leur régiment à leurs chapeaux. Il y en a plus de sept cents. Ils se retrouvent, ils se reconnaissent avec une indicible émotion.”

Il en est un que l'on se montre avec un respect particulier. C'est Baudot, le clairon de Malakoff. Il a quatre-vingts ans. Mais tout droit, robuste, il tient ferme “le magnifique et lourd drapeau des anciens combattants de Gravelotte et de l'armée du Rhin, cravaté d'un large nœud de crêpe.”

Lorsque tombèrent les voiles du monument, qu'ils découvrirent la statue du génie de la Patrie coulée dans le bronze d'anciens canons français et que s'éleva la “Marseillaise,” il y eut un émoi indescriptible.

METZ.

Aux pieds du coq gaulois qui en surmonte le faîte, les enfants d'Alsace, écrit une Alsacienne, ramèneront indéfiniment leurs enfants “pour prêter un serment silencieux.”