Cependant Bertrand raconte à ces dames que tout à l’heure les voitures qui reviennent de la fête de Saint-Didier vont passer. Il y en a, des toilettes ! On verrait ça très bien de la grille. La voix de Jane tire Trott de son travail.
— Monsieur Trott, vous allez rester un moment avec votre petite sœur. Si elle crie, vous appellerez. Nous sommes au bout du jardin.
C’est bien. Jane ôte très vite son tablier pour que les gens qui vont passer croient peut-être qu’elle n’est pas une bonne, mais une institutrice. Et toute la bande se met en route. Bertrand fait l’aimable auprès de nounou qui se tortille.
Trott reste par terre absorbé. En voilà une finie. Et voilà l’autre. Elles ne sont pas tout à fait pareilles. Mais il ne faut pas être trop exigeant. On fait ce qu’on peut. Maintenant il s’agit de se les attacher sur le dos. Ce n’est pas une petite opération. Trott se démanche les vertèbres du cou à essayer de se lorgner les omoplates. C’est terrible : et dire que les petits oiseaux font ça si facilement ! Enfin, grâce à la ficelle, ça doit tenir. Quel dommage de ne pas savoir ! Pour sûr, c’est ressemblant. Le principal est fait. Maintenant il faudrait aussi une robe blanche. Le tablier de Jane est fait pour ça. Trott se l’attache soigneusement autour du cou. Il faut se dépêcher. Voilà la petite qui commence à se trémousser. Vite, vite, une couronne ! La boîte de fer-blanc ira très bien. Elle ne tient pas tout à fait ; mais en ne se remuant pas trop… Il faudrait aussi une harpe. Trott s’empare de la râpe ; en grattant dessus avec le couteau que Bertrand a oublié, ce sera merveilleux.
— Ouin-in-in !…
Non, non, ne crie pas ! attends un peu, petite sœur !… Elle ne le voit pas. Tout l’effet sera perdu. Trott pousse une chaise contre la voiture et grimpe dessus. Attention à la couronne ! Ça y est.
— Regarde-moi, Lucette !
Elle ne regarde pas. Elle donne des coups de pied, elle s’agite, elle va crier… Que faire ?
Ah ! oui, ils chantent en jouant de la harpe. Jouer de la harpe, ça va très bien, mais chanter ! Trott n’est pas très fort dans cette partie-là. Il a une voix horriblement fausse. On n’a pas pu lui apprendre de cantiques. Voyons, il y a pourtant une chanson très belle… La petite sœur l’aimerait sûrement. Les hommes chantent ça dans la rue quelquefois…, le soir…
— Le san-guimpure, abreuver lérisson…