« Il y a de la lumière, ça vient, ça luit, ça caresse. C’est très amusant. Comme elle vient, la lumière ! Il faut la manger. La lumière, c’est joli. Le noir, c’est laid. De ce côté, c’est la lumière. C’est très joli. C’est très gai. Il faut la manger. De ce côté, c’est le noir. Le noir, c’est laid. Ça fait mal. Hou ! hou ! Mais de ce côté c’est la lumière, gueu-gueu-gueu. Et là-bas le noir. »

— Nounou, arrangez donc les coussins de cette petite. A force de se tortiller dans son moïse, elle a la tête plus bas que les pieds.

« La lumière, il faut la manger, la manger, ou au moins l’attraper. Ça ne remue pas comme on veut, toutes ces petites choses qui sont sans cesse à vous griffer le nez, à se fourrer dans vos yeux, ou à vous entrer dans la bouche. Il faudrait attraper… attraper. Ouin-in-in. »

— Doucement, bébé.

« Ça balance, c’est bon, c’est comme dodo. Les petits doigts roses sont amusants. Il faudrait les prendre. C’est difficile. Ils se sauvent toujours. Ah ! voilà… Ça ne va pas. Il faut griffer, griffer tout ce qu’on peut, très fort. Ça fait mal. Tant pis. Griffons. Bobo. Ouin-in-in… »

— Mais qu’elle est sotte, cette petite ! la voilà qui se griffe elle-même. Voulez-vous être sage, mademoiselle ?

« Tiens, la grande machine qui remue s’est approchée. Pas celle qu’on tette. L’autre. Qu’est-ce qu’elle veut à s’approcher comme ça ? Ça fait noir, il faut crier. Non, c’est drôle, c’est très drôle. Elle chatouille. Il faut sauter, il faut faire des grimaces. C’est très amusant. Il y a un petit rond de lumière qui brille. Il faut l’attraper. Mais on ne peut pas. La grande chose est partie. Où est-elle ? Ce n’est pas la peine de se fâcher. Elle a laissé quelque chose entre les doigts. Mais on ne sait pas quoi. Heureusement il y a la lumière. Mais c’est ennuyeux, la lumière. On l’a assez vue. Et le noir aussi. On les a assez vus.

« Ah ! voilà quelque chose qui vient par les oreilles. Qu’est-ce que c’est ? Ça vient très fort par les oreilles. Il faut crier. Ah ! non, ce sont des machines qui remuent. Il y a celle qu’on tette et un tas d’autres qui grouillent. C’est très laid. Ça fait noir. Ce n’est pas amusant, la lumière ; mais c’est plus joli que tout ça. Et puis j’en ai assez. Ouin-in-in. »

— Prenez un peu la petite, nounou, qu’elle soit gentille…

— C’est tout le portrait de votre mari.