Jip se décide à lever la tête, regarde Trott, ouvre la gueule toute grande et bâille. Puis il replace sa tête sur ses pattes, comme s’il voulait se rendormir.
Trott est offensé. Il saisit la chaise et la secoue de toutes ses forces. Il faudra bien qu’il descende.
La vieille Thérèse dit :
— Pauvre bête ! il se fait vieux, lui aussi.
Enfin Jip s’est décidé à dégringoler et à suivre Trott. Il semble d’ailleurs le faire par pure complaisance et sans y tenir autrement. Il marche à petits pas, en ayant l’air de les compter, sans remuer la queue et sans lever le nez. Qu’a-t-il donc, lui qui était toujours si exubérant autrefois ? Même dehors il est long à se dérider ; et pendant un bon moment il se contente de trotter à côté de Trott avec une contenance résignée. Qu’il est devenu grognon, ce pauvre Jip ! Enfin, à force de bonnes paroles et d’admonestations, il commence à se dégourdir. Et à la fin le voilà qui se met à galoper en aboyant à côté de Trott tout à fait comme autrefois. A la bonne heure ! ils font des courses folles à travers le jardin. Il y a surtout un jeu qui est très amusant. On renverse les chaises par terre et on saute en même temps par-dessus. Jip saute très bien, Trott un peu moins, mais ça va tout de même. C’est excessivement difficile, tout à fait comme au cirque. Quel dommage qu’il n’y ait pas de spectateurs !
Ah ! voilà la petite sœur qui rentre. Elle est assise dans la voiture que pousse nounou, toujours majestueuse.
— Bonjour, Lucette.
Son caractère s’amadoue chaque jour en ce moment. Elle honore Trott d’un sourire aimable et crache deux ou trois fois devant elle. C’est une faveur spéciale. Elle y joint un gloussement de haute bienveillance. Voilà un public tout trouvé. Peut-être que Lucette ne comprendra pas encore très bien la représentation, mais certainement nounou doit être grand amateur de steeple.
— Regarde, Lucette, regardez, nounou, comme c’est beau, ce que nous allons faire. Viens, Jip !
Jip n’est plus là. Où est-il ? Tiens, le voilà assis là-bas. Il tourne le dos à moitié et regarde par terre d’un air absorbé. On dirait qu’il a craint d’être indiscret.