Il faut commencer par courir sur le parquet, à droite et à gauche, aussi vite que possible, de-ci et de-là. Pan ! on tombe sur le nez. Ça fait mal. Il serait peut-être à propos de crier. Non, il y a là un joli petit débris. Il faut se dépêcher de l’avaler. Ça n’est peut-être pas très bon. Tant pis !
— Lucette, montre-moi tout de suite ce que tu as mis dans ta bouche.
Malgré une résistance opiniâtre, maman contraint Mlle Lucette à une exhibition humiliante. Elle la dépouille honteusement de son butin : un charmant fragment de vieux soulier.
On ne peut donc pas vous laisser tranquille ! Faut-il toujours être tracassée et persécutée ! Il n’y a qu’une seule chose à faire : aller donner à maman une bonne tape. C’est trop fort. A cette fin, Mlle Lucette recommence sa navigation sur le parquet. Mais, chemin faisant, elle rencontre un fauteuil. Un fauteuil où un livre est oublié. Avec quelques efforts, Mlle Lucette se met debout et s’en saisit. C’est défendu de toucher aux livres de papa. Mais on ne résiste pas à l’entraînement des passions. Ce livre est adorable. On l’ouvre, on le ferme, on le secoue. Voilà une page extirpée, et puis une autre ! Ça fait du bruit de déchirer du papier. Maman lève le nez.
— Lucette, que fais-tu ?
Mlle Lucette, le livre pressé sur son cœur, s’enfuit sur deux pattes. Mais, est-ce le trouble de sa conscience, la maladresse de ses muscles ou la traîtrise du tapis ? elle s’étale par terre de tout son long.
— Voyez-vous, mademoiselle la vilaine ! Eh bien, votre papa sera content !
Puisqu’on gronde, Mlle Lucette juge opportun de se mettre à geindre et de gémir : « Bobo, bobo. » La gronderie se transforme en consolation. C’est toujours ça de gagné.
— Là, maintenant va jouer avec ton petit ménage et laisse-moi finir ma lettre à tante Madeleine.
Mlle Lucette tapote pendant cinq minutes parmi ses assiettes, ses tasses et ses cuillers. Elle en exécute rapidement un semis à travers la chambre. De temps en temps il faut que maman se lève, car elle jette une partie des vaisselles sous les meubles, et c’est naturellement de celles-là qu’elle a besoin. A la dixième reprise maman déclare, énervée :