La matinée s’est traînée bien lentement. Enfin la voici terminée. Trott a déjeuné ; il est habillé ; en route ! Trott gambade comme un cabri le long du chemin. Quand il est gai, il a besoin, comme ça, de rire avec ses jambes. Et aujourd’hui elles ont de vrais fous rires, les jambes de Trott. Elles l’emportent à droite, à gauche, par-ci par-là. Que cette Jane est lente ! Elle l’appelle et lui dit d’aller plus doucement. Trott s’en moque. Il a tort. Il tombe par terre de tout son long et s’écorche le genou. Jane le ramasse, le gronde, l’époussette et le prend par la main. Il est calmé.
— Dites donc, Jane, la petite sœur ne courra pas aussi vite que moi, hein ?
— Non, pas tout à fait aussi vite, monsieur Trott, vous pouvez être tranquille.
Pas tout à fait ? C’est juste ce qu’il faut. Alors, quand ils joueront à l’attrape, Trott pourra l’attraper, dès qu’il en aura envie ; et il ne se laissera prendre qu’au moment qui lui conviendra. C’est parfait. Seulement il ne faudra pas qu’elle grogne…
— Dites donc, Jane, elle sera bien sage, n’est-ce pas ? Sans ça je lui donnerai une tape…
— Tâchez vous-même d’être sage ! Faut-il avoir peu de cœur pour vouloir déjà la taper ! Pauvre chérubin !
Trott est offensé ! Cette Jane ne comprend rien de ce qu’on dit. Naturellement il ne va pas lui donner de tape tout de suite ; c’est sûr ; ce sera plus tard, dans longtemps, demain peut-être…
— Et tâchez de ne pas faire de bruit en entrant ! Votre maman est très fatiguée, et peut-être que bébé dormira.
C’est ennuyeux. Trott aurait des tas de choses à raconter à sa maman. Hier il a trouvé un très beau coquillage rose. Et puis il a tenu très longtemps la bride du cheval noir. Et puis, il faut bien le dire, il a fait un accroc à son pantalon ; pas le neuf, heureusement… Mais voilà déjà la porte du jardin. Trott la franchit posément. Il commence à avoir une espèce d’inquiétude vague. Après tout, il ne la connaît pas du tout, cette petite personne. Et quand Jane a tiré le cordon de sonnette, une envie baroque le saisit de prendre ses jambes à son cou… Quelle bêtise !… C’est Thérèse, la vieille cuisinière, qui ouvre la porte. Elle a reconnu la voix de Trott.
— Eh bien ! monsieur Trott, vous allez la voir, votre petite sœur ! Mais ne faites pas de bruit. Votre maman veut vous embrasser d’abord. Montez tout doucement.