Papa continue. Il faudra que Trott soit bien gentil avec tout le monde et particulièrement avec sa maman. Car maintenant il sera le seul homme dans la maison. La dernière fois que papa est parti, Trott était encore un bébé ; il ne pouvait pas être bon à grand’chose. Mais maintenant il doit être le compagnon fidèle de sa maman. Et papa peut la lui recommander, et sa petite sœur aussi, comme il ferait à un ami, à un autre homme. N’est-ce pas, Trott ?

Il fait maintenant un ciel presque tout noir. Brusquement, le soleil s’est enfui et, brusquement, un grand coup de vent passe, secouant avec fureur les arbres, faisant battre les volets, un coup de vent qui aurait jeté Trott par terre s’il ne l’avait pas aplati contre un mur.

Quelques grosses gouttes de pluie commencent à tomber. L’âme de Trott est ressaisie d’angoisse, et quand papa répète sa question :

— N’est-ce pas, Trott, maintenant, je puis te parler comme à un homme ?

Trott, conscient de sa faiblesse, conscient du peu qu’il est devant les bourrasques du ciel et de la vie, Trott ne peut s’empêcher de murmurer :

— Oui, papa, mais, tu sais, je suis encore si petit ! Alors, j’aurais tant besoin que tu restes encore à la maison !

Papa serre plus fort la main de son petit compagnon. Il voit, comme si elle était étalée sous ses yeux, toute sa petite âme loyale, sincère et effrayée. Oui, c’est vrai que Trott est encore très petit, que Lucette l’est beaucoup plus encore, et que maman aussi, toute tendre et charmante qu’elle est, se trouve souvent bien désemparée dans les tourmentes de la vie. En lui-même papa soupire. Pourtant il faut partir. Voilà la grille du jardin franchie. Des torrents de pluie ruissellent. En attendant qu’on leur ouvre la porte de la maison, papa interroge encore une fois :

— Je sais, Trott, que tu es encore un tout petit homme. Mais promets-moi pourtant d’être un très brave petit homme.

Alors Trott promet d’une voix grave et pénétrée.