Tout à coup, dans la chambre à côté, on entend la voix de maman. Elle appelle :

— Trott ! tu peux venir.

Trott tressaille comme s’il avait été pris en faute. Comment est-il possible, quand on a tant de chagrin au fond du cœur, qu’on puisse l’oublier comme ça, tout à fait, pendant si longtemps ?

Il se sent indigné contre lui-même. Laissant en place Mlle Lucette stupéfaite, il se précipite…

Maman est assise sur le fauteuil rose devant la fenêtre. Elle regarde à travers une longue-vue vers la grande mer qui s’étale. Elle dit :

— Vois-tu cette fumée, là-bas ?

Trott parcourt l’horizon. D’abord il ne voit rien. Un ciel bleu radieux rayonne sur une mer bleue pailletée. C’est bon que le temps soit si splendide. Ç’aurait été terrible si le bateau avait passé au milieu d’une tempête. Mais où est-il, ce bateau ? Il y a bien une voile blanche… Ce n’est pas cela…

Ah ! oui ! Trott distingue quelque chose là-bas, très loin. Il y a une toute petite colonne de fumée pâle qui monte à l’horizon et qui s’incline. A peine si on l’aperçoit. Dessous, sur la mer, c’est tout au plus si on devine un petit point noir. Comme c’est petit !

— Vous êtes bien sûre, maman, que c’est le bateau de papa ?

Maman est sûre. Avec sa longue-vue elle distingue la lourde stature du cuirassé. Elle reconnaît les mâts, les tourelles, les cheminées. Elle donne la longue-vue à Trott. Il essaye de regarder, mais il ne voit rien que des espèces de ronds brillants qui dansent. Il voudrait bien dire qu’il distingue quelque chose ; mais vraiment il ne peut pas. Il déclare :