—Qui? dit Jane. Shelley? Oh! il va et vient comme un esprit, personne ne sait ni où ni comment.
Le lendemain, Shelley lui-même emmena Trelawny chez Byron. Là le décor était différent: vestibule de marbre, escalier géant, laquais et chiens hostiles. Trelawny, comme tout le monde, trouva dans la personne de Byron toute l'apparence du génie, mais la conversation du grand homme le frappa par sa banalité. Il paraissait jouer un rôle, et un rôle suranné, celui du roué de la Régence: il racontait des histoires d'acteurs, de buveurs, de boxeurs, et comment il avait traversé à la nage l'Hellespont. Ce dernier exploit surtout lui tenait à cœur.
À trois heures on amena les chevaux; après une assez longue promenade, on s'arrêta dans une petite auberge; un domestique apporta des pistolets; et derrière la maison, une canne fut plantée dans le sol, une pièce de monnaie fixée dans une fente en son sommet. Byron, Shelley et Trelawny tirèrent alors et tous très bien; Trelawny fut content de voir que Shelley, malgré son apparence féminine, maniait le pistolet en homme.
En revenant on parla de littérature, de rimes riches. Trelawny cita en exemple deux strophes de Don Juan et s'acquit ainsi l'estime de Byron qui vint trotter à côté de lui.
—Allons, dit-il, confessez que vous vous attendiez à trouver en moi un Timon d'Athènes ou un Timour le Tartare et que vous êtes surpris de découvrir un homme du monde, jamais sérieux, raillant toutes choses.
Il murmura à mi-voix:
Le monde est une botte de foin,
Les hommes des ânes qui se la disputent...
* * *
Trelawny rentra avec Shelley et Mary.
—Comme Byron est différent de ce qu'on attend de lui, leur dit-il; il n'est pas, mystérieux: il parle trop librement; il dit des choses qu'il vaudrait mieux taire. Il paraît jaloux et impulsif comme une femme, et peut-être plus, dangereux.