—Qui sont, dit-il, les deux jeunes filles que nous avons vues hier à Epagne?
—Catherine Bresson est la fille de Bresson, le fabricant de tapis, que vous connaissez...
—Et elle ne vit pas chez ses parents?
—Si, mais Mademoiselle qui l'a découverte, je ne sais comment, lui sert de mère spirituelle. Elle passe à Epagne des semaines entières: c'est une petite fille assez belle qui aura, si je ne me trompe, des passions exigeantes. Elle a la poitrine bien placée, mais un peu grasse.
Philippe regarda avec surprise le vieillard qui continua:
—Geneviève de Vaulges est orpheline. Son tuteur l'a retirée du couvent à seize ans et Mademoiselle qui est sa cousine à la mode de Picardie s'est chargée de terminer son éducation. Les Vaulges étaient une des bonnes familles de ce pays-ci, mais le père de Geneviève les a sottement ruinés.
—Elle est assez jolie, dit Philippe avec détachement.
—Les archives d'Abbeville contiennent une histoire assez curieuse sur ces Vaulges. Il y a trois cents ans environ, un enfant nouveau-né fut retiré vivant de l'abreuvoir du Pont aux Poissons. On s'empressa de lui donner le baptême, puis on décida qu'il serait procédé sans retard à la visite de toutes les filles de la ville afin de découvrir celle qui avait donné le jour à un enfant et tenté de s'en défaire par un crime.
Donc, par devant un magistrat, on leur fit à toutes mettre à nu leurs mamelles pour atteindre la vérité du cas. Isabelle de Vaulges, ainsi examinée, fut reconnue coupable. Et comme elle refusa de livrer le nom de son complice, elle fut condamnée à être brûlée vive et subit sa peine sur cette place du Pilori que nous allons traverser.
—Quelle horrible histoire, dit Philippe.