—Je suis fatiguée, dit Geneviève, mais Catherine peut très bien sortir seule avec M. Viniès, n'est-ce pas, mademoiselle?

—Certainement, dit la voix flûtée, mais ils devront rester dans le parc, car les gens du pays jaseraient et M. Bresson ne me confierait plus sa fille.

Catherine, étonnée de sa bonne fortune, se leva avec empressement. Philippe dut suivre, d'assez méchante humeur.

Autour des pelouses attristées par les feuilles humides et rouges de l'automne, leur conversation morte tourna sans joie. Elle lui demanda ce qu'il pensait de Mademoiselle: il dit qu'il l'admirait beaucoup. Elle essaya de parler d'elle-même, de sa vie triste chez ses parents, de ce qu'elle eût aimé à faire pour les ouvriers de son père. Elle s'excusait inutilement de sa naissance riche et bourgeoise.

Puis elle voulut dire avec force qu'elle aimait Werther et Manfred. Philippe, injuste, écoutait impatiemment cette enfant maladroite avec une réelle bonté, un besoin de dévouement et d'adoration presque maladifs, elle avait le malheur de dire faux et ses phrases sans fraîcheur endormait l'esprit.

Ils revinrent s'asseoir d'un air accablé en deux coins opposés du salon.

Il y eut un assez long silence: par la fenêtre sans rideaux on voyait des haillons de brume s'effilocher dans le ciel livide.

—Que pourrions-nous faire? demanda Geneviève.

—Vous savez ma règle, dit Mademoiselle, si l'on est huit, il faut parler voyage; si l'on est six, philosophie; si l'on est quatre, sentiment; si l'on est deux, chacun parle de soi.

—Mais nous sommes cinq, mademoiselle.