—Alors, allez au diable.
—Connaissez-vous, dit Bertrand d'Ouville, les triangles de madame de Ludre?
—Non, dit Mademoiselle, d'abord qui est madame de Ludre?
—C'est une bonne dame fort dévote qui vient de publier un manuel de perfectionnement moral. L'une des méthodes qu'elle y recommande pour sauver son âme est de tracer sur une feuille de papier autant de triangles que l'on a de défauts graves. Puis à mesure que l'on se perfectionne, on noircit lentement chaque triangle en commençant par le sommet. Quand tous sont noirs, votre âme est blanche. Lors de mon dernier voyage à Paris, c'était un jeu fort à la mode chez mes cousins Genzé que de donner à ses amis des triangles à remplir.
—C'est un jeu bien dangereux, dit Mademoiselle, je pourrais vous en offrir une bonne douzaine... Catherine, ma chérie, cherchez-nous du papier et des crayons.
Un nouveau silence se prolongea; ils avaient beaucoup d'idées, mais hésitaient à les écrire. Mademoiselle réclamait à chacun ses défauts, mais personne n'avait l'audace de s'adresser à elle. Enfin Bertrand d'Ouville fit passer un papier à Philippe.
—Esprit de système, lut celui-ci surpris, ma foi, monsieur, je pourrais vous le rendre.
Geneviève dessinait minutieusement deux triangles pointus qu'elle alla porter avec une révérence à Bertrand d'Ouville et à Viniès.
—Coquetterie, lut le vieillard.
—Très Bien, Geneviève, dit Mademoiselle battant des mains.