Philippe répondait par de courtes phrases assez incohérentes et écoutait au-dessus de sa tête les pas des jeunes filles. Elles descendirent enfin.

—Je viens d'apprendre que vous partez, dit-il, tragique, à Geneviève.

—Oui, dit-elle avec un petit air de défi: cela m'ennuie de quitter Mademoiselle, mais je suis contente de voir enfin le monde.

—Le monde n'est pas Paris, dit Philippe amèrement.

La journée se traîna, interminable et lourde. Les femmes parlaient de diligences, de bagages, de robes et déploraient que le chemin de fer ne fût pas terminé. Philippe, silencieux, méditait.

Vers le soir, Catherine et Mademoiselle étant sorties un instant pour recevoir une paysanne, il s'approcha brusquement de Geneviève qui, debout près de la fenêtre, regardait le jardin endormi sous la neige.

«Avant que vous ne partiez, dit-il très vite, il y a quelque chose que je voudrais vous demander: ne croyez-vous pas que nous pourrions être heureux ensemble?

—Non, monsieur, répondit-elle sèchement, et elle sortit en courant.

Philippe étant allé sans le savoir jusqu'au perron, respira profondément l'air glacial, et regarda longtemps les masses blanches des sapins. Dans la blancheur uniforme des choses, les troncs d'arbres mettaient de larges bandes noires qui supportaient les traits fins et nets des branches et des rameaux.

«J'ai joué mon bonheur sur une phrase, pensait-il. Quel sot je fais: il fallait attendre. Je ne suis à ses yeux qu'un petit pédant de province. Allons, il faut accepter ceci stoïquement: me voici libre de me sacrifier pour quelque grande cause.»