Il fit un geste.

—Oui, vous êtes très intelligent: vous le savez... Moi je suis sotte, ignorante et petite fille.

—Vous ne vous connaissez pas, vous n'êtes pas faite pour devenir une de ces poupées mondaines. Si vous acceptiez d'être ma femme, je ferais peut-être de grandes choses: je sens en moi près de vous l'ardeur qui les inspire...

Elle remarqua assez justement que dans cc grand amour, il était surtout question de lui.

—Vous êtes très spirituelle, dit-il amèrement.

—Et comment savez-vous, reprit-elle, que je ne suis pas faite pour être une femme du monde? Que connaissez-vous de mes sentiments vrais? La danse, les toilettes, les théâtres, l'esprit et le mouvement de Paris, tout cela me tente plus que vous ne pensez. Il se peut que cela me retienne.

—Le monde, dit Philippe, intéressera votre esprit, mais ne contentera pas votre cœur. Si vous épousez un des papillons de parfumerie et d'ironie facile que l'on y rencontre, je sais que vous ne serez pas heureuse. Ce que je vous offre est certes plus dangereux. Dans quelques années, l'an prochain peut-être, ce régime disparaîtra par la mort du Roi. Alors mes amis et moi, nous essaierons de préparer la France pour la mission d'affranchissement des peuples qui l'attend. Nous allons vivre de grandes années.

—Votre idéal est très beau, mais j'en suis indigne. La vie me semble tellement plus simple que tout cela. L'idée de me sacrifier à des théories, peut-être fausses, me paraît étrange, presque ridicule.

—Le ridicule ne m'inquiète pas, dit-il, je suis né sérieux et tendre... Et pourquoi sacrifier? Si le bonheur...

Mademoiselle entra et vit leurs visages animés.