À mon récit de ma visite à cette dernière, l'estimable vieille femme pâlit, m'injuria et me mit à la porte... Nous voilà brouillés: j'en suis charmé.

—L'horrible femme, dit Geneviève (avec une intonation si vive et si sincère que le vieillard, grand amateur de sentiments vrais, la nota avec joie), l'horrible femme... Mais pourquoi? Je ne lui ai jamais rien fait.

—Comment? dit-il. Rien fait? Mais vous paraissiez heureuse: n'est-ce pas assez?

[IV]

Deux événements marquèrent pour les Viniès le début de l'année 1847: Geneviève eut un fils dont Bertrand d'Ouville fut le parrain et Philippe découvrit l'Histoire des Girondins que Lamartine venait de publier.

Il en avait les cinq volumes à son bureau et en apportait toujours un à l'heure des repas pour ne pas interrompre sa lecture: Geneviève elle-même, jeune mère encore pâle, devait écouter le nouvel évangile.

—Enfin, disait Philippe; enfin un homme politique capable d'entraîner des masses, ose écrire l'éloge de ces temps admirables et tu vas voir comme il suffira de l'écho de ces voix puissantes pour réveiller la France. Écoute, Geneviève: «Dès les premières impulsions de la Révolution, il n'y a qu'un rôle pour le chef d'un pays, c'est de se mettre à la tête de l'idée nouvelle, de livrer le combat au passé et de cumuler ainsi dans sa personne la double puissance de chef de la nation et de chef de parti. Le rôle de la modération n'est possible qu'à la condition d'avoir la confiance entière du parti qu'on veut modérer.»

—Comprends-tu la valeur d'une telle phrase écrite par un tel homme? Cela permet tous les espoirs.

—Oui, dit Geneviève, mais viens déjeuner.

—... Et ceci: «Il n'est pas donné à l'irréligion de détruire une religion sur terre. Il faut une foi pour remplacer une foi. La terre ne peut pas rester sans autels et Dieu seul est assez fort contre Dieu.