—Eh! mais à Paris, madame... Paraît qu'on dit à Amiens que le Gouvernement devra s'en aller.
—Mais pourquoi?
—Moi, n'est-ce pas, madame, ce que j'en dis, fit l'épicière, tout de suite inquiète, je l'ai entendu de la cuisinière de M. de Vence qui le tenait de son maître. Mais pour moi, c'est tout des histoires.
Geneviève se décida à aller jusqu'au bureau pour apprendre ce que savait Philippe. Devant les cafés, les rassemblements grossissaient. Des mots flottaient dans l'air: «Régence... Thiers... Garde Nationale... Guizot.»
Les gens buvaient ferme pour s'occuper.
Philippe avait lu dans le journal local les émeutes au sujet du Banquet réformiste, mais il les croyait réprimées.
—Je voudrais que cette démission du ministère fût vraie: mais je n'y crois pas.
Il quitta cependant ses scribes pour aller aux nouvelles avec elle. Ils rencontrèrent Bresson: il avait des renseignements officiels et en était si fier qu'il oublia la querelle de sa femme avec les Viniès et s'arrêta.
—Le courrier n'est pas arrivé, dit-il, et les journaux manquent, mais le sous-préfet a eu des nouvelles par Amiens. Tout va bien: la Réforme électorale est accordée. La Reine a demandé le départ de Guizot: Thiers et Molé sont ministres... C'est parfait, parfait...
Il se frotta les mains.