Le salon de Mademoiselle était d'une simplicité voulue et délicate. Sur les murs tapissés d'un papier gris uni se détachaient nettement deux crayons de Clouet. Les fauteuils étaient confortables, la lumière faible et douce. On sentait la chambre accueillante: un peu trop, disait M. de Vence, son voisin, qui était malveillant.

Mademoiselle se leva: elle était vaste, dans une ample robe de taffetas noir, et grasse, avec autorité et courage. L'empâtement du visage laissait encore deviner des traits réguliers et puissants.

«Je vous amène, dit Bertrand d'Ouville, M. Philippe Viniès, notre nouvel ingénieur, qui est jacobin, et mon ami.»

Les beaux yeux vifs de Mademoiselle se fixèrent sur Philippe avec une expression d'intelligente sympathie.

—Vous savez, dit-elle, que la politique ne m'intéresse pas et que vos amis sont bienvenus ici.

La voix était précise et flûtée: Philippe rougit et murmura quelques mots.

—Ce vieillard est insupportable, pensa-t-il, il me fait faire figure de sot.

Deux jeunes filles entrèrent; vêtues comme Mademoiselle de robes unies et amples, elles s'efforçaient évidemment de lui ressembler.

—M. Philippe Viniès... Mes filles: la blonde est Geneviève, la brune Catherine.

Catherine, aux yeux ardents, aux narines mobiles s'assit dans un fauteuil sur le bras duquel se posa Geneviève, et toutes deux regardèrent Philippe avec une franche curiosité. Il trouva aussitôt des phrases heureuses pour décrire son arrivée et les vieux grognards de son auberge.