«Je suis loin d'avoir le culte de la force, mais il y a quelque chose d'admirable dans tout sentiment profond et cette religion populaire m'émeut, je l'avoue...

—Vous allez vous entendre avec Geneviève, dit Mademoiselle, elle adore l'Empereur.

—Non, mademoiselle, vous savez bien que non. Je n'aime pas Napoléon: j'aime le mince général en habit rouge de la gravure de votre chambre...

—Le Bonaparte auquel est dédié la Symphonie héroïque, dit Philippe.

Elle eut pour lui un regard étonné et assez approbateur.

—Mes enfants, dit Mademoiselle, puisque M. Viniès semble aimer la musique...

Geneviève, s'accompagnant elle-même, chanta de vieux airs français: elle avait très peu de voix, mais un style net et beaucoup d'esprit. Bertrand d'Ouville regardait ses traits fins avec un plaisir évident. Puis Catherine chanta une romance de Schubert.

Philippe se rapprocha du piano et feuilleta des cahiers: les deux jeunes filles l'accueillirent, maternelles et protectrices. La forte poitrine de Catherine se soulevait doucement; Geneviève étudiait cet être nouveau avec une méfiance un peu moqueuse.

—Cette romance est très belle, dit-il.

—Schubert, dit Geneviève, me fait l'effet de ces bonbons turcs que rapporte mon cousin; c'est sucré au point d'être écœurant.