—Venez avec nous, dit un vieux, et nous irons.

Il tombait une pluie fine et serrée: Philippe hésita, regarda l'heure, haussa les épaules, et dit:

—Soit.

Trois par trois, se donnant le bras, ils se formèrent en cortège: quelques citoyens prudents disparurent au tournant de la Grande-Rue Notre-Dame. Il était midi et les ouvrières de Bresson, allant vers le faubourg, traversaient la place. Quelques jolies filles intriguées par ce bataillon de blouses, obliquèrent pour se renseigner. Quand elles comprirent qu'on manifestait elles se mirent bravement autour de Philippe. L'une d'elles prit son bras: cela l'agaça. Une autre qui avait un tablier rouge l'enleva pour l'agiter au-dessus de sa tête. Il y eut des murmures.

—Enlevez ch'drapeau, dirent des voix dans la colonne.

Mme Urbain qui les vit passer poussa un cri:

—Jésus, mon doux Seigneur, c'est la Révolution!

Et elle se précipita chez M. Pillet: ce vieux soldat la défendrait peut-être.

Cependant la petite troupe de Philippe était arrivée devant la sous-préfecture et s'était rangée autour du porche. La porte de bois sculpté était fermée. Philippe avait retrouvé son sang-froid et se trouvait ridicule: «Mais qu'importe, pensait-il, ces braves gens ont confiance en moi.» En effet les ouvriers étaient vaguement inquiets et seule la présence de ce fonctionnaire les rassurait un peu.

—Je vous recommande, leur dit-il, le silence et l'ordre: il faut qu'un de vous parle au nom de tous.