À Longone comme partout, le séjour de l'Empereur fut marqué par les ordres qu'il donna pour des travaux importants et dont on dut immédiatement s'occuper.
Personne ne prêtait plus d'attention que moi aux paroles de l'Empereur. L'Empereur raisonna beaucoup de la place de Longone comme place de guerre. Il parla avec admiration du siège que les Français, sous les ordres du général de Noailles, y avaient soutenu en 1649, et il finit en disant: «Masséna n'aurait pas fait plus.» Éloge également honorable pour les deux guerriers auxquels il s'adressait.
Le fort de Foccardo n'échappa pas aux investigations de l'Empereur. Il répéta pour ce fort toutes les observations que le génie militaire lui avait faites et qui étaient restées empreintes dans sa mémoire comme si elles dataient de la veille. Il n'attacha pas une grande importance à la place de Longone pour la défense de l'île d'Elbe.
Un des meilleurs citoyens de Longone était M. Rebuffat, aide-garde-magasin des vivres militaires, que tout le monde aimait, et c'est chez lui que l'Empereur mit pied à terre. M. Rebuffat, ancien boulanger, avait dans les entreprises acquis une fortune importante, et il en faisait un bon usage. Le pauvre ne frappait jamais en vain à sa porte. M. Rebuffat, comme instruction, ne savait rien de rien, et pourtant on se plaisait généralement à l'écouter: c'est qu'il était vraiment ce qu'on appelle communément un bon enfant. On le prenait quelquefois pour un bouffon, mais ses bouffonneries étaient empreintes de vérité et souvent elles donnaient des leçons. La preuve qu'il y avait en lui des qualités qui devaient être appréciées, c'est que l'Empereur lui accorda sa confiance et qu'il lui en donna beaucoup de preuves.
L'Empereur rentra tard: il était content de sa journée.
CHAPITRE VII
Administration des mines de Rio par Pons de l'Hérault.--Il sauve les revenus de la mine en 1814.--M. de Scitivaux.--La discussion au sujet des revenus des mines de Rio.--La question des farines: essai de distribution de mauvais pain aux mineurs.--Napoléon et les ouvriers.--Pons socialiste.--Entêtement honorable de Pons.--Intervention de Drouot et de Peyrusse.--Remplacement de Pons demandé par Madame mère.--Les amis de Pons à la cour elboise.
J'ai dit que je tenais, directement ou indirectement, plus ou moins, à presque tous les anneaux de la chaîne sociale que l'Empereur avait parcourue à l'île d'Elbe, et que forcé à parler de moi lorsque je ne voudrais parler que de lui, je m'étais abstenu de donner à mon ouvrage le titre d'histoire de l'Empereur. L'épisode dont il va être question prouvera que je n'avais pas tort. Le règne elbois n'a rien eu de plus important.
Les mines de fer de l'île d'Elbe appartenaient à la Légion d'honneur; c'est au nom de la Légion d'honneur que j'en avais l'administration générale.