II.--Arrivée de Pauline Borghèse.--Son rôle à l'île d'Elbe.--Bal au théâtre.--Suite des fêtes données par l'Empereur.--Mots de Napoléon sur la Marseillaise.--Maladie imaginaire de Pauline.--Anecdotes sur elle.--Carnaval-mascarade de la garde.

III.--Théâtre.--Création d'une salle de spectacle.--Association de propriétaires.

I

LES FÊTES.

La municipalité de Porto-Ferrajo avait bien l'intention de fêter publiquement l'arrivée de l'Empereur; mais la caisse municipale n'était pas riche, et l'on touchait à la fête de saint Cristino, le patron titulaire du pays. Les Porto-Ferrajais n'auraient pas voulu pour rien au monde supprimer l'hommage annuel qu'ils rendent à leur protecteur céleste. Mais deux dépenses l'une sur l'autre, sans compter celle que l'arrivée de l'Empereur avait déjà occasionnée, c'était beaucoup: on se décida à fêter l'Empereur le jour qu'on fêterait saint Cristino. On fit deux parts pour cette double fête, la part de la religion et la part du plaisir. Le matin l'on chanta une messe solennelle, le soir l'on donna un bal splendide. L'invitation du matin ne faisait mention que de saint Cristino, l'invitation du soir portait la prière «d'assister au bal pour solenniser l'arrivée de Sa Majesté l'Empereur, l'auguste souverain». Il n'y avait pas à se tromper.

L'Empereur alla, dans toute la splendeur de sa situation, assister à la messe solennelle: voitures, chambellans, officiers d'ordonnance, troupes sous les armes, rien ne manqua à son cortège du matin et le soir. Pour aller au bal, il y eut de plus les flambeaux. Quelques personnes trouvèrent que, dans ce faste presque prétentieux, il y avait quelque chose de colifichet, et j'avoue que j'étais un peu de cette opinion. Quelques jours après, je reçus une leçon dans une conversation fortuite et je tâchai d'en profiter: l'Empereur, parlant au général Bertrand des nécessités de circonstance qui soumettaient les hommes comme les choses, lui disait: «Par exemple, croyez-vous que, l'autre jour, je n'aurais pas payé pour pouvoir aller à pied à l'église, seulement avec vous ou avec le général Drouot? Et cependant, je me suis fait suivre par une sorte de fracas ridicule: c'est que, dans un pays où le peuple n'a pas le sentiment de la puissance suprême, si, au jour de ses prédilections séculaires, je n'étais pas apparu à ses yeux dans l'éclat qu'il suppose aux souverains, il n'aurait peut-être plus cru à ma souveraineté, et, dans mon intérêt bien entendu, il fallait éviter cela, comme il faudra que je l'évite encore chaque fois que l'occasion s'en présentera.»

L'Empereur fut très dévot à la messe; il fut très gai au bal.

La garde nationale ajouta sa fête à la double fête; la garde nationale qui avait accueilli la garde impériale avec une fraternité de l'âge d'or, saisit cette circonstance pour lui offrir un banquet, et ce banquet fut la consécration de tous les sentiments nobles et généreux. Citoyens et soldats, soldats et citoyens s'identifièrent d'affection, et jamais réunion d'amitié n'eut un caractère plus virginal. Tout le pays y prit part; l'Empereur en éprouva une joie extrême. On porta sa santé avec délire. On porta aussi la santé «des braves morts au champ d'honneur», ce qui amena une illarité (sic) telle qu'on resta plus d'un quart d'heure sans pouvoir continuer à porter les santés convenues. Mais, en reprenant le cours des santés à porter, le convive qui s'était trompé reprit; gravement: «À la mémoire des braves morts au champ d'honneur!» et l'assemblée, debout, lui répondit par des acclamations brûlantes de patriotisme.

La garde impériale riposta banquet pour banquet: ce n'était pas une nouvelle fête, c'était la suite de la première fête. Toutes les âmes continuèrent à s'entendre, à s'aimer, à se le dire, et les épanchements furent sans réserve. L'Empereur y reçut de nouveaux témoignages d'amour.