Le triomphe de l’idée punique est sans doute le triomphe de la raison : à tout le moins, celui de la pensée antique.
On peut toujours ramener les espèces de la raison à des valeurs en quantité. Plus que jamais, ici, Napoléon est le fléau de la Révolution, battant le blé du monde. Car la Révolution est un essai à fonder le genre humain sur la raison et les valeurs de la raison. La raison souveraine ne considère que des nombres ; maîtresse absolue, elle est une table des valeurs toujours au courant. Elle n’omet, précisément, que la vie, les sentiments et les passions.
XIX
Dans la paix, Napoléon s’exerce à la guerre par l’implacable exercice de la raison. Il est admirable, comme un Étai fondé sur la raison, se gouverne par les maximes de la force. Sa loi est sans pitié.
XX
La connaissance de l’or et du pouvoir véritable dépend de la raison. Par la haine qu’on lui voit des voleurs domestiques, des parasites, de la concussion, on sent que le respect de l’or était dans Napoléon une habitude dominante. Nul n’aimait moins la fortune pour soi-même ; mais il avait pénétré le sens de l’or. Il n’aime pas l’or comme un avare. L’avare est l’esclave du signe. Napoléon, sous le signe, adhère au fait comme la pie-mère au cerveau. Il vénère l’or en conquérant. Le conquérant a sa façon de vénérer, qui est la possession jalouse. S’il avait pu, Napoléon eût été l’unique banquier de l’univers : il rêvait de détenir tout l’or et tout le crédit de la planète.
XXI
Napoléon, le premier depuis les grands politiques de Rome, a su que l’or est le signe de la force et l’outil de la puissance. Reste l’homme capable de les conquérir et de les manier. Le fer est le manche et le levier de l’or ; mais l’or est la pointe du fer, qui perce tout. Le fer disperse l’or, et l’or dissout le fer.
Aussi, Napoléon ne peut souffrir qu’on prévarique. Le moindre vol fait à l’État, il le punit comme une trahison. Le code est terrible contre les faux monnayeurs : n’est-ce pas le dernier mot de la raison, et son pouce baissé dans le cirque ?
Derrière l’homme de guerre, on ne perd pas de vue l’arbitre des valeurs. En Napoléon, c’est le même homme. Par où il ne faudrait pas entendre que l’homme de la bourse est l’homme de la guerre. L’un des deux contient l’autre ; mais le conquérant est le grand homme, non pas vos porchers de Chicago. Que les serfs de l’opinion, aujourd’hui, n’aient pas le front de comparer à Austerlitz et à Léna un coup sur le suif et les cochons. Quand Napoléon règne, Ouvrard est forcé de servir.