Elle est à la fin de sa course, quand tombe le crépuscule. Très penchée sur son déclin, elle ne luira dans l’ombre pas plus d’une heure. Elle naît au milieu des nuages, près d’une planète au regard fixe, et descend sur les arbres, rapide, ne laissant plus à la mer, pour sillage, que quelques perles d’argent.
Son arc, mince et long, brille comme la nacre bleuâtre. Les cornes fines sont tournées vers le Sud; et, dans l’espace clair, on les voit qui serrent, et semblent déborder, le globe noir de l’astre.
L’arc, brillant d’une volupté froide, est posé sur la tête des grandes nues couchées. Et l’on cherche, sous les voiles, le front chaste de Diane.
—Sur la place, devant la petite église, je vois un géant mutilé, le plus beau des infirmes, et plus beau dans sa misère que le reste du pays dans sa santé. C’est un orme admirable, que des barbares ont décapité; ils lui ont tranché les bras, le col, et la moitié du corps; ils l’ont laissé là sur ses pieds inutiles, faits pour soutenir une taille de géant. Je m’étonne de cette cruauté: car j’aime un arbre plus qu’un homme. L’ormeau était, il y a trois ans encore, plus haut que le clocher. Ses bras couvraient l’église d’ombre, et portaient toute une chapelle d’oiseaux. Les branches, me dit-on, touchaient la façade de trop près; et les gouttières étaient obstruées par les feuilles mortes. Il fallait donc...
Voilà pourquoi l’on mutile un ancêtre, et les bonnes raisons qu’on a de tuer une noble créature, deux ou trois fois séculaire. Ainsi les sauvages de la Papouasie ont des raisons économiques de mettre à mort leur vieux père.
—Dimanche. Le doux matin de septembre, tiède et plus calme que la dernière heure de mai. Les feuilles au soleil ont l’air de dormir encore; le plus léger frémissement seul en révèle la langueur: elles s’enivrent de tendre lumière.
Dimanche. Pas un souffle de vent. Pas une voile sur la rivière. Les pêcheurs et les femmes s’attardent à la maison. On s’habille pour la messe. Ni les coqs, ni les enfants ne font de bruit. Un ravissant sommeil flotte sur la matinée heureuse,—les yeux ouverts, c’est le rêve amoureux...
La mer est de miroirs posés sur une écharpe de soie bleue... Le long de la rade, l’eau est verte des pins et des chênes qui s’y penchent.
Dimanche. L’hirondelle passe dans l’air suave, et se laisse porter... Le ciel pâle et si pur semble l’aile du papillon mauve qui veut périr, collée à la lampe du soleil... Et la cloche de l’église, au loin, par delà les arbres, tinte doucement, lentement, laissant tomber des sons de cristal grave sur un tapis de velours.
—On n’a pas besoin de se connaître les uns les autres, pour se faire souffrir. Ce luxe est inutile, sinon aux raffinements de la cruauté. Ainsi, ce paysan qui vit côte à côte avec sa paysanne, depuis quarante ans, il ne la connaît et ne s’en soucie pas plus qu’il ne pénètre les pensées de sa vache. Il la mène; il la trait; et il la bat tous les soirs. Elle, cependant, l’aime avec terreur, et se laisse battre. Assise dans les cendres, quand le soir tombe, et qu’elle met la marmite à bouillir sur le feu, elle pose une bouteille au giron de son tablier noir; et, dit-elle, «pour se consoler», elle s’occupe à boire. Aux lueurs des tisons, ses yeux minces brillent et sa peau rougeoie. Elle a l’air d’une araignée qui file l’ombre et la fumée.