—Voyez comme ce soir la lande est belle. Les ajoncs ont l’odeur du miel... Le ciel est une lentille d’émeraude... N’êtes-vous pas touchée?
—Le monde est beau, dit-elle pensivement.—Mais que me font tous les trésors du monde, si c’est le Paradis que j’aime?
—Que savez-vous, pourtant, du Paradis?
—Comment?... Tout ce qu’on m’en a appris. La vérité est dite en de saints livres. Et je la sais bien, puisque je connaissais déjà ce que M. le Recteur m’en a fait lire...
—Dites-moi un peu, s’il vous plaît, Barbe, le bonheur de ce Paradis.
—Je pense qu’en Paradis, dans la vue de Notre-Seigneur, la vie éternelle est douce, douce... comme au mois béni, quand, le matin, on se sent mourir de joie...
—On meurt donc sans cesse?
—On meurt sans mourir, dans le cœur de Notre-Seigneur Jésus.
—Voilà ce que vous souhaitez...
—Je n’en suis pas digne, fit-elle tristement. D’autres l’ont été, les bienheureuses... Elles sont dans la gloire.