Seule, une jeune fille, à la lisière de la lande. A peine si elle paraît vivante. Elle tourne le dos aux lueurs rouges du couchant; et sa forme noire se dresse comme une ombre.

Elle était immobile près de la haie, et sa main reposait sur la barrière. Grande et sombre, elle regardait obstinément vers la mer. Sa coiffe, en forme de hennin carré, se retirait un peu sur le haut de la tête; et les lacets en étaient rejetés sur les épaules... Les cheveux brillaient doucement autour du beau visage blanc, comme sur un vitrail un trait d’or serre une figure.

Un épervier, ayant tournoyé, plana bas, morne et lourd; suspendu au dernier rayon de la lumière, on l’eût dit endormi au bout d’un fil d’or...

Elle regardait vers la mer, immobile et rêveuse. Sa main, posée sur la barrière, portait un anneau fin; et, de l’autre, elle jouait avec la bague, la passant et la repassant au long du doigt inerte... Puis, inattentive et toujours rêvant, elle laissa glisser à ses pieds l’anneau qui roula dans l’herbe... Et ce n’est que longtemps après qu’elle le ramassa.

LXXV
CHANT DE LA NUIT

A K... Fin septembre.

La splendeur douce de la nuit chante comme une femme.

La lumière nuageuse plane sans éclat: on dirait un écho, en long point d’orgue.

La lune pâle est sur la dune et sur la mer. Les nuages de la pluie récente se dissolvent dans l’espace, écume blanche et grise, vapeurs effilées: le ciel semble duveté de plumes. La lune est nimbée d’argent. L’air est tiède. La terre est mouillée. Les grillons grésillent... Et les étoiles laiteuses tremblent faiblement...

Il tombe une forte rosée, une humidité presque chaude. Le silence est vêtu de blanc. Il a la voix étouffée de la femme amoureuse qui chante, lorsqu’elle baisse le ton, et que, par la fenêtre ouverte sur la mer, vient au passant la mélodie voilée.