Lequel est le plus digne fils de la terre et du ciel pluvieux,—de ceux qui fuient ce pays et se déguisent en gens des villes,—ou de ce noble être, jailli dans toute sa force, comme une source, et qui purifie les sucs obscurs de la glèbe, à mesure qu’ils montent dans son grand corps, et qu’ils coulent, sève violente et sûre, nourriciers à travers lui?
O bel arbre, être puissant et calme sous le soleil et sous la brume, toi qui dures, tu es celui qui sait vivre, et qui a connu le grand secret sans le chercher.
LXXVII
LYS ET PAVOTS
Après-midi de Pardon. En juillet.
Lili, harc’antet ho delliou
War vord an dour ’zo er prajou[N]...
Les lys, aux feuilles d’argent,
Sont sur le bord de l’eau, dans les prés...
D’azur, d’émeraude et d’or, le ciel bleu, l’espace blond, les grands arbres au loin et la prairie qui brille... La splendeur et la joie brèves de l’été breton. Le divin soleil inonde d’or le vaste plateau, autour de la chapelle. Dans les bosquets, au creux du vallon, les alouettes ne s’arrêtent pas de triller; et le cri rieur retentit, écho qui se répète, des cailles qui s’appellent, semblables à des enfants qui jouent.
L’ardente lumière se penche sans la flétrir sur la fraîcheur bruissante des sources et les feuillages verts. Ce n’est pas l’été aride du midi. Sous le ciel frémit joyeusement la dentelle des larges arbres et l’herbe épaisse. L’air bleu s’appuie sur les branches; et sous l’ombrage, la clarté sinue lointaine,—dans un tunnel bleuissant, un canal d’or. La route éblouit de blancheur, d’acier vif le long des talus qui flamboient. La brise flotte et sent la mer. Le vent pur fait palpiter une atmosphère de rayons, et passe sur le front des hommes, sur la tête des arbres. Une chaude haleine porte les parfums salés de la vague, et la douceur enivrante des fleurs tièdes, ces amoureuses. Et il court des bouffées pieuses, odorant la cire ardente et l’encens.
L’espace est de miel qui poudroie. Sur la lande plane une vapeur rousse. Entre les pins, colonnes brunes aux chapiteaux célestes, étincelle le sable de la baie et la mer glauque: un bouclier d’émeraude sertie dans un disque de cuivre. Pareilles à des ruisseaux, où l’on a effeuillé un nombre infini de roses, les bruyères descendent en sentiers, et coulent sur les pentes de la montagne. Et près d’elles, les genêts éclatants éparpillent leurs robes jaunes, qui semblent des monnoies cornées sur un bord. Un silence magnifique règne parmi la foule des pèlerins; on n’entend que le bourdonnement contenu de la vie, de la joie pieuse, et le grand souffle d’eau, l’orgue infini, le murmure de la mer, qui meurt au bas de la falaise.
Un peuple immense va et vient, monte, descend et tourne autour de la montagne. Beaucoup sont pieds nus, le front découvert, le chapeau à la main. Toute cette procession d’hommes, en vingt flots qui se croisent, est noire dans la lumière. Mais la couleur de l’assemblée n’en est que plus éclatante; parmi les bannières éployées, les reliquaires de métal, et le brocart qui scintille, les jeunes filles et les femmes, les beaux visages de perle enchâssés dans les coiffes de dentelle et de linges blancs, se balancent, frissonnent, se baissent et se relèvent, lys candides,—tandis que d’autres femmes, et les enfants vêtus de rouge, coiffés de bonnets écarlates, jaillissent, pavots naïfs, et fleurs de pourpre.