Ces Bretons disaient vrai; ils ne voulaient pas mentir. Plusieurs étrangers se sont établis en Basse Bretagne; ils y secourent les pauvres; ils viennent en aide à beaucoup de misères: et ils sont haïs. Avec une sorte d’hypocrisie instinctive, Bourhis, tous ceux qui étaient là, voulaient dire quelque bien de ces hérétiques, et ils en pensaient du mal. Il y avait de l’hostilité jusque dans leur reconnaissance. Parfois on sentait qu’ils eussent préféré ne rien devoir, peut-être, à des protecteurs détestés: il fallait être réduit à l’extrémité pour accepter l’appui de ces mains étrangères.

—Ils vous mettent aussi leur livre dans la poche, assura Pogam, goguenard. C’est l’Evangile, prenez-le, lisez-le, qu’ils disent. Ils vous le glissent dans la main.

—Moi, je l’ai lancé par-dessus la haie, son livre!

—Et moi, si la dame m’en donne encore un, je le lui jetterai à la figure, donc!

—Voyons, Pogam, l’Évangile est aussi votre livre.

—Je sais, je sais, monsieur... Je ne puis pas vous dire... Il me semble que notre Évangile et le leur, ce n’est pas le même...

—Non, pour sûr, ce n’est pas le même! affirma madame Bourhis.—Et vous ne savez pas ce qu’elle aime le mieux, la dame?... Je l’ai vue au manoir... Vous ne le croiriez pas...

—Ses enfants? La chasse?

—Non, non. C’est les oies!...

Ils se mirent à rire.