Elle prononce: l’«Andgéluss», d’un accent étrange qui convient à sa figure calme et maigre, à ses vêtements noirs, au silence de cette maison.

Avant d’entrer, elle et sa fille quittent leurs sabots noirs sur le seuil.

—Vous êtes prêt? dit en breton de Léon, la femme à son mari, Léonard comme elle.

Il ne répond pas,—un grand homme dur, maigre et roux, sévère. Il se baisse, et se lave les mains, pieusement, à la fontaine. Puis, il laisse à son tour ses sabots près des quatre autres en ligne; et il passe le seuil. Il ferme la porte avec soin. Il ôte sa casquette, et se signe. Les deux femmes se mettent à genoux. Et la mère, à voix basse et claire, murmure lentement:

Ave, Maria...

L’homme prie avec une ferveur grave. La femme avec une joie douce, comme celle des religieuses dans un cloître: la fille d’un air rêveur et soumis, avec une sorte d’onction tendre, qui met un reflet sur son front étroit de petite fille vieillie.

Les dernières lueurs du jour errent, douloureuses, sur la lande,—calmes et paisibles dans cette chambre.

LI
LE FJORD

13 novembre, à Benodet.

Dès l’aube, il bruine. Les brouillards lointains se condensent au-dessus de la baie, entre les rives, et s’éparpillent en poussière humide. Il fait doux, silencieux et triste. Si l’on sort, on ne sent presque pas la pluie; mais au bout d’un moment, on en est tout trempé, et les vêtements s’en imbibent. Partout où l’on met la main, on la mouille; et la terre ne semble plus faite que d’une pâte pétrie.